
Nous arrivons déjà au quart de ce siècle sur lequel il sera bon de revenir plus en détails, mais pour l’instant concentrons-nous sur cette année 2024. Douze mois inégaux, avec plusieurs bons films, quelques uns excellents, mais comme l’a si bien indiqué le box-office nord-américain, les suites et les remakes sont les longs métrages qui attirent le plus les spectateurs, nous offrant souvent des produits numérotés. Cette paresse des studios laissent peu de places pour les œuvres audacieuses et originales. Malgré la main mise du cinéma américain sur l’ensemble du globe, il est rassurant de constater que plusieurs cinéastes internationaux et nationaux réussissent à se démarquer avec des histoires engageantes et des personnages complexes.
Je termine donc 2024 avec un peu plus de 650 longs métrages vus, environ le même nombre que l’an dernier. Comme à chaque fois que je fais ce type d’exercice, soit celui de me limiter à 30 titres parmi les centaines que j’ai regardées, je dois mettre de côté plusieurs bons films, comme le film d’animation FLOW du réalisateur letton Gints Zilbalodis, le magnifique THE GIRL WITH THE NEEDLE du cinéaste suédois-polonais Magnus von Horn, le sympathique HITMAN de Richard Linklater, l’engagé L’HISTOIRE DE SOULEYMANE de Boris Lojkine, l’efficace REBEL RIDGE réalisé par Jeremy Saulnier, le nécessaire YINTAH du trio Jennifer Wickham, Brenda Michell et Michael Toledano, et plusieurs autres.

Comme le prouve si bien plusieurs films qui se retrouvent dans le haut de ma liste, je cherche de plus en plus des œuvres fortes qui osent critiquer notre époque, la questionner, pour nous offrir des points de vue autres que ceux des principaux médias (médias qui semblent mettre de côté la complexité des enjeux actuels, et surtout les répercussions à longs termes de nos actions présentes) . Des films qui rétrospectivement pourront nous en dire plus sur l’année qui se termine. À ce titre, le documentaire DAHOMEY de la réalisatrice Mati Diop est une réussite absolue. Et en fiction, difficile de faire plus pertinent que le puissant LES GRAINES DU FIGUIERS SAUVAGES du cinéaste iranien Mohammad Rasoulof.

À l’inverse, il y a des films qui m’ont laissé de glace, souvent parce que la mise en scène misait sur des procédés ou que les scénarios montraient la pauvreté du propos. Je pense entre autres à la catastrophe HERE de Robert Zemeckis, à l’opaque THE END réalisé par Joshua Oppenheimer, le vite oublié OH, CANADA de Paul Schrader, l’atrocité visuelle WICKED réalisé par Jon M. Chu, le pourquoi-je-ne-suis-pas-capable-de-m’y-projeté I SAW THE TV GLOW de Jane Schoenbrun et j’en passe. Dans ce lot, MEGALOPOLIS de Francis Ford Coppola se démarque par sa prise de risque, d’un réalisateur qui n’a plus rien à prouver. Mais il y a tellement de maladresse dans le récit, de performances d’acteurs désincarnés, de moments magiques anéantis par le plan suivant. Dommage que le vétéran n’ait pas su mieux s’entourer pour le montage final, car il y avait là le potentiel d’un film immense.

Très heureux de constater que le public d’ici continue d’encourager le cinéma québécois, et qu’il y en a vraiment pour tous les goûts dans notre cinématographie nationale. Deux longs métrages du Québec se sont taillés une place dans mon top 30, mais quelques autres méritent d’être soulignés. Parmi les œuvres qui m’ont marquées, il y a eu SOLEILS ATIKAMEKW le solide deuxième long métrage de Chloé Leriche, la claque L’OURAGAN FUCK YOU TABARNAK réalisé par Ara Ball, LE DERNIER REPAS premier long métrage de fiction de Maryse Legagneur, le passionnant LA BATAILLE DE ST-LÉONARD de Félix Rose, l’espoir de LA FONTE DES GLACES réalisé par François Péloquin, le généreux ABABOUINÉ du seul et unique André Forcier.

Et nous arrivons au sommet de ma liste, avec une œuvre magistrale, un travail de mise en scène remarquable, dans un film chinois qui nous ramène quelques mois avant la tenue des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. L’histoire d’un homme pourchassé par son passé, qui se lie d’amitié avec un chien errant, un peu comme lui, sachant pourtant qu’il travaille pour la fourrière qui doit les éradiquer en prévision de l’arrivée massive de touristes étrangers. Une critique sévère de la Chine actuelle et de son gouvernement, à travers cette relation entre deux écorchés de la vie. Il y a l’écho des films phares de son compatriote Jia Zhangke du début des années 2000, période THE WORLD et STILL LIFE. En espérant qu’il se trouve un distributeur chez-nous.

- BLACK DOG réalisé par Guan Hu
- LES GRAINES DU FIGUIERS SAUVAGES réalisé par Mohammad Rasoulof
- THE SUBSTANCE réalisé par Coralie Fargeat
- CROSSING réalisé par Levan Akin
- DAHOMEY réalisé par Mati Diop
- BIRD réalisé par Andrea Arnold
- ALL WE IMAGINE AS LIGHT réalisé par Payal Kapadia
- ARMAND réalisé par Halfdan Ullmann Tøndel
- ONLY THE RIVER FLOWS réalisé par Wei Shujun
- DUNE: PART TWO réalisé par Denis Villeneuve
- NOSFERATU réalisé par Robert Eggers
- L’ENLÈVEMENT réalisé par Marco Bellocchio
- HIS THREE DAUGHTERS réalisé par Azazel Jacobs
- THE BRUTALIST réalisé par Brady Corbet
- UNE LANGUE UNIVERSELLE réalisé par Matthew Rankin
- SING SING réalisé par Greg Kwedar
- EVIL DOES NOT EXIST réalisé par Ryūsuke Hamaguchi
- SI SEULEMENT JE POUVAIS HIBERNER réalisé par Zoljargal Purevdash
- FURIOSA: A MAD MAX SAGA réalisé par George Miller
- MARIA réalisé par Pablo Larraín
- MEMOIR OF A SNAIL réalisé par Adam Elliot
- MISÉRICORDE réalisé par Alain Guiraudie
- ANORA réalisé par Sean Baker
- FERMER LES YEUX réalisé par Víctor Erice
- LE DEUXIÈME ACTE réalisé par Quentin Dupieux
- KNEECAP réalisé par Rich Peppiatt
- CHIEN DE LA CASSE réalisé par Jean-Baptiste Durand
- THE WILD ROBOT réalisé par Chris Sanders
- GRAVER L’HOMME: ARRÊT SUR PIERRE HÉBERT réalisé par Loïc Darses
- THE DEAD DON’T HURT réalisé par Viggo Mortensen