LES DÉMONS de Philippe Lesage, second rendez-vous

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C’est aujourd’hui que sort (enfin) en DVD et VSD l’excellent 1er long métrage de fiction de Philippe Lesage LES DÉMONS. Meilleur film québécois de 2015 selon les critiques de l’AQCC (Association Québécoise des Critiques de Cinéma) et récipiendaire du prix Gilles-Carle (meilleur premier ou deuxième long métrage de fiction) aux derniers Rendez-Vous du Cinéma Québécois, LES DÉMONS avait eu sa première au prestigieux Festival international du film de San Sebastian en Espagne lors de sa 63e édition.

LES DÉMONS raconte les peurs réelles et imaginaires de Félix 10 ans, entouré de sa famille et de ses amis dans sa banlieue qui semble si paisible.

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ATTENBERG, l’absurde comme soupape socialement acceptable

Avant la sortie prochaine de CHEVALIER d’Athiná Rachél Tsangári (vendredi 17 juin), retour sur son film précédent, le très original ATTENBERG, preuve qu’il y a un nouveau souffle dans le cinéma grec.

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Ça commence par un baiser. Bien des histoires d’amour débutent ainsi. Mais dans ATTENBERG d’Athiná Rachél Tsangári, ce baiser n’a rien de romantique. Deux jeunes femmes devant un mur de brique s’approchent l’une de l’autre, ouvrent leur bouche, tirent leur langue et tentent de reproduire un frenchkiss. Le ton est donné! Ce film grec s’amusera à provoquer et sortir du cadre, au risque d’en surprendre plus d’un.

Fascinée par les documentaires animaliers de Sir Richard Attenborough, accompagnant son père dans sa maladie incurable, et s’éveillant à la sexualité avec son amie Bella, Marina a le corps d’une femme mais la naïveté d’une enfant. Tout au long du film, celle qui semble être à côté de la vie prendra tous les moyens pour s’y inclure.

directed by Athina Rachel Tsangari

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A TOUCH OF SIN, l’année du tigre

Avant la sortie imminente du plus récent film de Jia Zhangke AU-DELÀ DES MONTAGNES (vendredi 27 mai), retour sur son film précédent, le puissant A TOUCH OF SIN, l’un des meilleurs longs métrages de la présente décennie.

A Touch of Sin

Pour bien comprendre un pays et les différents enjeux sociaux, politiques et économiques qui s’y déroulent, il suffit de regarder les œuvres des artistes qui sont en réaction face aux décisions précises par l’élite en place. Depuis le réveil du dragon chinois, Jia Zhangke est probablement le  cinéaste de ce pays qui se distingue de tous les autres, avec le prolifique Wang Bing, pour l’acuité de son regard sur ses compatriotes. Autant dans ses documentaires que dans ses fictions, Jia Zhangke témoigne de la Chine moderne et des dérives de sa fulgurante ascension à l’économie de marché. A TOUCH OF SIN, son 10e long métrage est peut-être le plus virulent de tous ses constats.

Construit en quatre chapitres qui s’enchaînent de manières astucieuses, le chef de file de la 6e génération de réalisateurs chinois revient en force à la fiction, son chef d’œuvre STILL LIFE datant déjà de 2006. Prix du scénario au Festival de Cannes en 2013, A TOUCH OF SIN est aussi un exemple probant d’un réalisateur doué dédié à son art.

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TROIS COULEURS: BLEU, le prix de la liberté

Pour le 20e anniversaire de sa mort, cette semaine est dédiée au cinéma de Krzysztof Kieślowski en revenant sur quelques unes de ses œuvres phares.

Du DÉCALOGUE à sa dernière trilogie scénarisée qu’il n’aura pas eu le temps de réaliser (HEAVEN de l’allemand Tom Tykwer, L’ENFER du bosniaque Danis Tanovic et NADZIEJA du polonais Stanislaw Mucha), Krzysztof Kieślowski avait pris goût avant la fin abrupte de sa carrière, à s’imposer un carcan formel pour ses œuvres. Si ses thèmes étaient des points de départ, il se permettait de les confronter, de les explorer dans toutes leurs nuances et significations. À ce registre, la trilogie BLEU, BLANC, ROUGE de Kieślowski, basée sur les trois termes de la devise de la France (« Liberté, Égalité et Fraternité »), est désormais une référence cinématographique, voir même un jalon de l’histoire du 7e art.

TROIS COULEURS: BLEU débute par cette roue filmée sous le véhicule, à ras l’asphalte bleutée. Ensuite une main d’enfant, sortie par la fenêtre ouverte à l’arrière, tient du bout des doigts l’emballage bleu d’une sucette virevoltant dans le vent. Quelques kilomètres plus loin, le drame se produit.  Suite au décès de sa fille et de son mari Patrice, célèbre compositeur, Julie seul survivante de l’accident apprendra le coût réel de sa soudaine liberté.

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Dans ce premier chapitre de cette trilogie tricolore, adroitement scénarisé avec son fidèle complice Krzysztof Piesiewicz, Krzysztof Kieślowski illustre la rééducation de cette femme à la vie, brisée par la mort de ses proches. Cette naissance d’une nouvelle « elle » se fera progressivement, en confrontant un passé qu’elle pensait connaître pour pouvoir vraiment être affranchie.

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LE DÉCALOGUE, 10 films sur la nature humaine

Pour le 20e anniversaire de sa mort, cette semaine est dédiée au cinéma de Krzysztof Kieślowski en revenant sur quelques unes de ses œuvres phares.

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Œuvre librement inspiré des 10 commandements de la Bible, LE DÉCALOGUE de Krzysztof Kieślowski demeure l’un des grands accomplissements cinématographiques de la fin du 20e siècle. C’est dans le quartier Stawki en banlieue de Varsovie que sont tournés sur une période d’environ 12 mois en 1987 et 1988 ces épisodes d’une heure chacun pour la télévision polonaise. Mais c’est sur grand écran que le monde entier découvrira toute la puissance de ces histoires parallèles qui se côtoient et qui se complètent, seulement pour nous livrer un point de vue unique sur la nature humaine.

Ensemble dans un musée de la capitale de la Pologne devant un polyptyque du 15e siècle représentant les commandements, c’est le coscénariste Krzysztof Piesiewicz qui lance l’idée à Kieślowski de les actualiser. Avec une économie de moyen, sous le régime communiste de l’époque encore en état de choc de la loi martiale décrétée par le général Jaruzelski en 1981 (période d’environ 18 mois durant lesquels de nombreuses restrictions affecteront le quotidien des citoyens), le réalisateur, qui avait fait ses classes en documentaire à l’École nationale de cinéma de Łódź (où ont aussi étudié Polanski, Wadja et Skolimowski), adopte un style réaliste ancré dans le présent, qu’il ponctue de la délicate musique de son fidèle Zbigniew Preisner.

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LE HASARD, la possibilité narrative

Pour le 20e anniversaire de sa mort, cette semaine est dédiée au cinéma de Krzysztof Kieślowski en revenant sur quelques unes de ses œuvres phares.

LE HASARD, c’est le titre du 3e long métrage de fiction de Krzysztof Kieślowski et aussi un thème clé dans l’œuvre du cinéaste polonais. Dans ce film, définitivement son plus politique, il a la volonté de démontrer sa confiance dans le libre arbitre de chacun, même au sein d’un système totalitaire comme l’était la Pologne en 1981. Est-ce vraiment un hasard que la version finale fut terminée la veille de la mise en vigueur de la loi martiale du général Jaruzelski suite à son coup d’état?

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Cette critique à peine masquée du régime communiste valut au film de Kieślowski 6 ans de censure. Mais au-delà du propos, c’est la trame narrative qu’utilise le réalisateur du DÉCALOGUE qui distingue son long métrage. Suite à la mort de son père, Witek abandonne ses études en médecine. Kieślowski propose alors trois possibilités de destin à son personnage, lorsque celui-ci tente sur le quai d’une gare d’attraper le train qui vient juste de quitter.

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L’AMATEUR, l’homme caméra

Pour le 20e anniversaire de sa mort, cette semaine est dédiée au cinéma de Krzysztof Kieślowski en revenant sur quelques unes de ses œuvres phares.

Dans les années 70 en Pologne, de nombreux clubs de cinéastes indépendants ont été créés suite à l’influence de la Fédération du film amateur. Malgré la détermination de plusieurs, la qualité des courts métrages présentés laissait souvent à désirer. Avec L’AMATEUR, son 2e long métrage de fiction, Krzysztof Kieślowski illustre habillement toutes les facettes d’un homme voulant se dévouer totalement à son art…mais à quel prix?

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Difficile de ne pas voir dans le personnage de Philip (interprété par Jerzy Stuhr, comédien qui sera présent tout au long de la filmographie de Kieślowski, d’un épisode du DÉCALOGUE à TROIS COULEURS: BLANC) l’engagement total d’un jeune Kieślowski pour le cinéma. Et dans l’ensemble des questions que pose son film, une complexe réflexion sur notre rapport à l’image qui en émane.

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