James Bond, argent secret

Après quatre épisodes inégaux de la fructueuse série des Bond, Daniel Craig semble prêt à passer le flambeau. Tout comme le cinéaste Sam Mendes, responsable des deux derniers volets, SKYFALL et SPECTRE. Il en fallait pas plus pour que les rumeurs naissent et se répandent à grande vitesse sur les médias sociaux.

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Mais avant de poursuivre/refaire/relancer l’une des plus longues suites d’aventures cinématographiques occidentales (en Asie, les Godzilla, Ultraman et de nombreux autres surpassent l’agent secret britannique pour le nombre d’épisodes), pourquoi ne pas s’interroger sur la pertinence de ce héros? Surtout à l’heure où la concurrence est de plus en plus sérieuse. Il suffit de voir les Jason Bourne (plus fort), Ethan Hunt des MISSION: IMPOSSIBLE (plus astucieux) et même Harry Hart de KINGSMAN: THE SECRET SERVICE (plus classe) pour comprendre que James n’est plus seul.

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Gala du cinéma québécois, choix et prédictions

Après la tempête vient le beau temps. Demain soir aura lieu le 18e Gala du cinéma québécois, le tout premier sous son nom provisoire. Si l’on se fie à l’ambiance festive des très réussis Rendez-Vous du Cinéma Québécois du mois dernier, nous pouvons espérer que le scandale soit vraiment derrière nous.

Comme plusieurs collègues de d’autres médias, voici mes prédictions et mes choix mais pour toutes les catégories:

MEILLEUR COURT OU MOYEN MÉTRAGE D’ANIMATION All the Rage – Alexandra Lemay (ONF – Maral Mohammadian) Autos Portraits – Claude Cloutier (ONF – Julie Roy) My Heart Attack – Sheldon Cohen (ONF – Marcy Page, Jelena Popović) Sonámbulo – Theodore Ushev (Theodore Ushev) Squame – Nicolas Brault (Nicolas Brault Films – Nicolas Brault)

Prédiction: Sonámbulo de Theodore Ushev

Choix: Sonámbulo de Theodore Ushev. Le cinéaste a réalisé un véritable chef d’oeuvre visuel, un bijou précieux abstrait et coloré. Un artiste au sommet de son art!

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MEILLEUR COURT OU MOYEN MÉTRAGE DE FICTION Bleu Tonnerre – Jean-Marc E. Roy, Philippe David Gagné (Voyelles Films – Ménaïc Raoul, Gabrielle TougasFréchette) Le cycle des moteurs – Patrice Laliberté (Couronne Nord – Julie Groleau) Maurice – François Jaros (La Boîte à Fanny – Fanny-Laure Malo, François Jaros) Le pédophile – Ara Ball (Les Enfants Terribles – Estelle Champoux & Jean-Philippe Bernier) Star – Emilie Mannering (Colonelle Films – Fanny Drew, Sarah Mannering)

Prédiction: Star d’Emilie Mannering

Choix: Bleu Tonnerre de Jean-Marc E. Roy & Philippe David Gagné. Proposition audacieuse de drame musical avec un Danny Placard convaincant, fort et vulnérable. Superbe travail de réalisation.

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La moralité chez Denis Villeneuve

Je l’avoue sans hésitation, j’ai toujours eu de la difficulté avec les films québécois de Denis Villeneuve. Mis à part son tout premier long métrage UN 32 AOÛT SUR TERRE (et même un peu avant ça, son formidable court métrage REW-FFWD réalisé à l’ONF), tous ses autres propositions cinématographiques m’ont toujours épaté visuellement mais je sortais des projections troublé par des questions d’ordre moral. Il a atteint des sommets dans l’insupportable POLYTECHNIQUE en 2009, nous plongeant au cœur de ce drame innommable comme si nous étions témoins des actes de barbaries du tueur dont je tairais le nom. Ce point de vue irrespectueux envers la mémoire des victimes m’avait outré et j’avais été soulagé de lire les mots de l’auteur et professeur André Habib dans son désormais célèbre texte MORTES TOUTES LES APRÈS-MIDI.

Si ça ne c’est guerre amélioré avec INCENDIES (pour de toutes autres raisons, mais enchaînons), j’ai retrouvé un vif intérêt dans le travail de Villeneuve depuis qu’il tourne dans la langue de Spielberg. Pourquoi? ENEMY étant davantage un film typiquement canadien-anglais avec ses questionnements schizophréniques (thème déjà très présent dans les films premiers films d’Atom Egoyan & David Cronenberg), je passerai immédiatement à PRISONERS et surtout SICARIO, ses deux longs métrages américains.

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Denis Villeneuve durant le tournage de SICARIO

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Caché ces films

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Dure semaine pour la liberté d’expression, tant au Québec qu’en France. Nous nous doutions un peu que le documentaire OF THE NORTH de Dominic Gagnon ne serait finalement pas présenté aux prochains Rendez-Vous du Cinéma Québécois mais il est vraiment dommage d’avoir manqué cette opportunité d’en débattre, quelques mois après la polémique créée aux Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal. Oui, il s’agit là d’un choix de programmation mais, comment peut-on passer outre l’un des rares films qui soulèvent des questionnements, tant dans le contenant que le contenu. Un précédent a eu lieu et tout le monde est perdant de cette décision, même ceux qui s’opposent farouchement à ce documentaire pertinent.

En France, la situation n’est guère mieux. Suite à des pressions de l’organisation catholique traditionaliste Promouvoir, plusieurs œuvres récentes ont vu leur visa d’exploitation annulé ou l’interdiction d’être présenté aux mineurs. Il y a eu LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRES 1 ET 2 d’Abdellatif Kechiche, LOVE de Gaspar Noé, ANTICHRIST de Lars von Trier et peut-être aussi le premier film d’Eva Husson BANG GANG (toujours inédit au Québec).

Peu importe de quel côté de l’Atlantique nous nous situons, le message est de plus en plus clair: le cinéma ne doit pas choquer, il ne doit pas confronter les valeurs de certains groupes sans leur consentement, la représentation du réel (car oui, le 7e art est un point de vue suggestif sur la réalité, qu’il soit documentaire ou fiction) doit être lisse et uniforme, et surtout nous devons partager la même opinion devant les images proposées pour éviter d’en débattre, de se questionner collectivement.

C’est la critique et journaliste Helen Faradji qui met le doigt sur le réel problème dans son plus récent éditorial (car il y a eu aussi l’épisode concernant les Jutra, grâce au chroniqueur télé (!) Hugo Dumas, parlant d’un sujet qu’il ne connait définitivement pas). Au-delà du cinéma, elle touche une triste réalité, celle qu’elle décrit ici: « (…) car cette chronique révèle quelque chose de bien plus profond. Quelque chose comme une parole de plus en plus décomplexée qui, depuis quelques mois, quelques années, s’exprime ouvertement, sans fards, sans se soucier de rigueur, de faire avancer les débats ou de simplement dépasser la triste et monomaniaque opinion. Politiquement, socialement, économiquement, culturellement, la parole publique est chaque jour un peu plus confisquée par des gérants d’estrade, surfant avec allégresse sur la vague du moment, leur populisme et leur démagogie leur servant de rames.
De l’autre côté, les « experts » sont devenus les snobs de service, têtes de turc à abattre qui incarnent cette intelligentsia donneuse de leçons (…)« .

Comment en sommes-nous arrivés là? Comment se fait-il que des populistes réussissent toujours à prendre le dessus sur des sujets qu’ils savent seulement effleurer? Désormais il est impossible de pouvoir discuter de ces films sans que des âmes pures grimpent dans les rideaux de leur vertu. Nous vivons une triste époque où la réflexion et le recul ont laissé place à l’instantanéité et une forme de narcissisme réactionnel.

Vivement la lecture, la recherche, l’écoute et l’ouverture sur les autres plutôt que cette paresse intellectuelle ambiante.

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Les projections éphémères

Demain soir 19h30 au Centre Phi, il ne faudra surtout pas manquer la projection unique du film franco-marocain MUCH LOVED de Nabil Ayouch. Présenté durant la dernière édition du Festival du Nouveau Cinéma, ce drame de mœurs est toujours interdit de diffusion au Maroc et il y a même un procès qui s’est ouvert hier pour un «outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine». Le même jour, à Paris, la comédienne Loubna Abidar a reçu une nomination historique comme meilleure actrice pour la 41e cérémonie des César. C’est pour dire à quel point ce regard lucide sur 4 jeunes prostituées marocaines polarisent les opinions. Mais avant tout chose, MUCH LOVED demeure un excellent film.

Dommage qu’une oeuvre aussi forte comme celle-ci ne réussisse pas à obtenir une sortie en salle régulière. Pourquoi aucun distributeur d’ici a voulu parier (ou risquer, qui serait plus approprié) sur MUCH LOVED, qui a tout de même été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en mai dernier? Difficile de trouver une réponse adéquate.

Il y a malheureusement de plus de plus de films qui ne trouvent pas leur place en salles. La programmation de type festival du Centre Phi leur permet justement d’attraper quelques titres échappés ici et là. Il suffit de penser au magnifique JAUJA de Lisandro Alonso l’an passé et à de nombreux autres longs métrages souvent primés qui malheureusement seront boudés du circuit des salles québécoises.

Raison de plus de sauter sur ces moments cinématographiques uniques qui nous sont proposés.

 

Les César 2016 – Suite logique

Pas vraiment de surprises, et peut-être un certain manque d’audace, ce matin à l’annonce des nominations pour la 41e édition de la cérémonie des César du cinéma français qui se tiendra le 26 février prochain. Ce sont les films MARGUERITE de Xavier Giannoli et TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE d’Arnaud Desplechin qui mènent le bal avec 11 citations chacun. Notons en premier la présence de trois films réalisés par des femmes parmi les meilleurs, fait rare aux César: MON ROI de Maïwenn, MUSTANG de Deniz Gamze Ergüven et LA TÊTE HAUTE d’Emmanuelle Bercot. Très heureux de voir le duo Depardieu/Huppert nommé comme meilleur acteur et meilleure actrice malgré que leur film VALLEY OF LOVE méritait d’être davantage présent dans cette liste, particulièrement pour la réalisation de Guillaume Nicloux. Sinon nous retrouvons la majorité des films de l’hexagone qui ont débuté leur carrière au dernier Festival de Cannes (DHEEPAN, LA LOI DU MARCHÉ, MON ROI, MUSTANG, LA TÊTE HAUTE et le Desplechin).

Bref, il ne sera vraiment pas facile de prédire qui l’emportera, sachant surtout que la France a désigné MUSTANG plutôt que DHEEPAN pour les représenter aux Oscar et que le film de Deniz Gamze Ergüven est justement parmi les 5 finalistes.

Voici la liste complète des nommés:

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18e Soirée des Jutra – Le prix à payer

Comme à chaque année, le dévoilement des artisans et des films nommés pour la prochaine Soirée des Jutra provoque son lot de réactions positives et négatives. Ce processus démocratique n’est pas une science exacte, loin de là. Mais la sélection de 2016 prouve que Québec Cinéma a enfin trouvé une méthode qui semble ratisser beaucoup plus large plutôt que de favoriser uniquement quelques titres.

Les 28 membres du jury (qui ont vu tous les longs métrages de fiction), composé d’une paire de chaque métier de l’industrie, a délibéré pendant plus de 8 heures pour en arriver à une liste de 10 semi-finalistes dans chacune des catégories, suivit d’un vote secret pour déterminer les 5 finalistes. Le jury a donc découvert ses choix en même temps que les médias et le public cet après-midi.

Contrairement à l’an passé, où la cuvée des films de 2014 s’orientait autour d’une poignée de titres (MOMMY et TOM À LA FERME de Xavier Dolan, TU DORS NICOLE de Stéphane Lafleur), plusieurs des 42 films qui ont été projeté en 2015 pouvaient prétendre à une ou de multiples nominations.

Il y a assurément beaucoup de surprises, tant chez les prétendants que chez les absents. Nous aurions pu nous attendre à voir un Patrick Huard nommé comme meilleur acteur pour son rôle de Guibord mais nous avons plutôt un Gilbert Sicotte qui a bouleversé bien des spectateurs dans PAUL À QUÉBEC. Comme toujours dans ce processus qui n’est pas sans faille, des œuvres ont semblé invisibles aux yeux des jurys (ENDORPHINE d’André Turpin serait le meilleur exemple) mais pourtant il n’en est rien car tous les films sont débattus dans toutes les catégories.

C’est le prix à payer pour tenter de satisfaire tout le monde, ce qui est vraiment impossible. Mais de voir sur cette liste SCRATCH de Sébastien Gordon et L’AMOUR AU TEMPS DE LA GUERRE CIVILE de Rodrigue Jean, en plus des citations pour le film de genre TURBO KID d’Anouk Whissell, François Simard & Yoann-Karl Whissell, cette sélection aura eu le mérite de souligner la diversité du cinéma québécois.

Nous connaîtrons la liste des gagnants le dimanche 20 mars à 20h. Voici les finalistes de la 18e Soirée des Jutra et les absents notoires, selon moi, dans les principales catégories:

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