25e Cinémania, 5 films à ne pas manquer!

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Déjà le 25e anniversaire pour ce festival de films francophones sous-titrés en anglais, festival qui a bien grandi depuis ses débuts. Encore une fois, l’offre est alléchante pour tous ceux et celles qui raffolent de films français, belges, suisses, québécois et 13 autres pays où on s’exprime dans la langue de Molière et de Tremblay.

Les festivités débutent avec le très attendu PORTRAIT D’UNE JEUNE FILLE EN FEU de Céline Sciamma, prix du scénario au plus récent festival de Cannes. Après LA NAISSANCE DES PIEUVRES, TOMBOY et BANDE DE FILLES, la cinéaste, qui a aussi scénarisé le très touchant MA VIE DE COURGETTE, nous plonge au 18e siècle dans cet intrigant duel entre l’artiste et son insaisissable sujet, personnages campés respectivement par Noémie Merlant et Adèle Haenel. Je vous en reparlerai à la mi-parcours du festival.

Voici 5 autres longs métrages qu’il ne faudra surtout pas manquer:

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THE DEATH AND LIFE OF JOHN F. DONOVAN, se perdre dans la traduction

THE DEATH AND LIFE OF JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan ⭐⭐1/2

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Au départ, il y a eu son souvenir, celui dans lequel le très jeune Xavier Dolan a écrit une lettre à son idole Leonardo Di Caprio, vedette de son film fétiche TITANIC. Ensuite, ce fantasme, « et s’il m’avait répondu… », un projet de long métrage qui a habité longtemps le cinéaste de J’AI TUÉ MA MÈRE. Puis, il en a parlé beaucoup (trop) dans les médias, avant même que le financement soit complété, ce John F. Donovan intriguait déjà la presse internationale. Vint la rencontre entre Dolan et Jessica Chastain au Festival de Cannes, premier nom au casting en 2014, suivi de celui de Kit Harington, au sommet de sa popularité grâce à la série GAME OF THRONES, et ceux de Susan Sarandon, de Kathy Bathes et éventuellement de Natalie Portman et quelques autres. En 2016, après un long tournage en Amérique du Nord et en Europe de l’Est, avec un mirobolant budget de plus de 35 millions de dollars, les premiers échos d’un montage ardu, le refus de nombreux festivals, le remontage qui s’étire, une version de 4 heures que nous ne verrons peut-être jamais, l’année 2017 se termine et plus rien ne semble fonctionner. Finalement, c’est le TIFF qui présentera en première mondiale le 1er long métrage anglophone du jeune prodige québécois. Les premières critiques tombent, elles sont assassines, c’est la catastrophe. Cela prendra des mois avant que nous pouvions le voir au Québec, bien après nos cousins français. Et enfin, ce vendredi 23 août, THE DEATH AND LIFE OF JOHN F. DONOVAN ne pourra plus se cacher, révélé aux yeux de tous les curieux et curieuses de cette odyssée cinématographique.

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DOGMAN, ne pas lâcher le morceau

DOGMAN de Matteo Garrone ⭐⭐⭐1/2

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Il y a dans l’histoire du cinéma italien, des performances d’acteurs et d’actrices qui transcendent l’oeuvre dans laquelle ils ou elles jouent. Comme si le scénario, les décors, toute la mise en scène, les autres comédiens et comédiennes, et même la musique, étaient là pour que la performance de l’un d’entre eux puisse s’élever au-dessus du lot, pour nous rendre témoin d’un moment de grâce dans la vie de cette personne, en pleine possession de ses moyens, capable d’être en parfaite cohésion avec son personnage, lui offrant même une humanité bien au-delà de celle écrite par le scénariste.

Que l’on pense à Marcello Mastroianni, plus grand que nature dans  HUIT ET DEMI de Federico Fellini; Monica Vitti, bouleversante dans LE DÉSERT ROUGE de Michelangelo Antonioni; ou encore Roberto Benigni dans son sublime LA VITA È BELLA. Je pourrais poursuivre cette énumération longtemps. Il faudra désormais y ajouter le nom de Marcello Fonte, géant dans le DOGMAN de Matteo Garrone.

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LA FEMME DE MON FRÈRE, filiation

LA FEMME DE MON FRÈRE de Monia Chokri ⭐⭐⭐

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Auréolé du prix Coup de cœur de la section Un Certain Regard au plus récent Festival de Cannes,  LA FEMME DE MON FRÈRE,  premier long métrage de Monia Chokri, arrive rapidement sur nos écrans après son acclamation sur la Croisette.

Belle idée que de profiter de cet élan, surtout pour mettre un peu de couleurs dans ce printemps si gris. Ce film propose une thématique peut souvent explorée dans notre cinématographie, soit la relation entre une sœur et son frère, sujet pourtant riche narrativement. Il y a bien eu récemment le tumultueux EMBRASSE-MOI COMME TU M’AIMES d’André Forcier, ou dans la dernière décennie INCENDIES de Denis Villeneuve et EN TERRAINS CONNUS de Stéphane Lafleur (malgré que chez ces deux derniers titres, le lien de filiation n’était pas nécessairement le centre d’intérêt), il faut reconnaître que c’est davantage dans un contexte familial que sont représentés ces liens fraternels dans le cinéma québécois (LÉOLO de Jean-Claude Lauzon et LES PLOUFFE de Gilles Carle en sont d’excellents exemples).

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LA PLAYA D.C., poursuivre le combat

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Après avoir transporté sur son dos toute la journée de lourdes poches de patates, Tomás enlève ses vêtements de travail pour enfiler son jeans, son t-shirt et son hoodie. Avant de quitter, il sort deux feutres de son sac et nous voyons devant lui une fresque inachevée de ses multiples dessins sur une courtepointe de sacs en papier. Tomás y ajoute des vagues bleues. Ensuite, il marche longtemps à travers des champs pour se trouver un coin tranquille et y poursuivre ses esquisses. Le titre apparaît sur fond noir.

Dans cette introduction de son premier long métrage, Juan Andrés Arango annonce les couleurs de son film et du coup, celle de son personnage central Tomás. Sans que le lieu nous soit annoncé, nous le suivons dans le quartier LA PLAYA D.C. à Bogota. Ce jeune afro-colombien aux talents artistiques indéniables tentera à l’aide de son frère ainé Chaco, qui revient d’une tentative d’immigrer illégalement au Canada, de retrouver le cadet Jairo, embourbé dans ses dettes liées à sa consommation de crack.

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Godard, de mai 68 à mai 2018

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Image tirée du nouveau Jean-Luc Godard, LE LIVRE D’IMAGE

Le Festival de Cannes qui s’ouvre cette semaine, 50 ans après les tumultes de l’édition de mai 68, annonce le retour de l’imprévisible Jean-Luc Godard. J’ai eu la chance de pouvoir fabuler de sa présence sur la Croisette lundi le 7 mai 2018 à l’émission ON DIRA CE QU’ON VOUDRA sur les ondes d’Ici Première de Radio-Canada, animée par Karine Lefebvre.

Voici le lien pour écouter la comparaison de deux époques bien différentes.

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Prochainement en salles, l’année 2018

Si la majorité des listes des meilleurs films de 2017 sont déjà publiées, il nous reste les nombreuses remises de prix annuelles (Golden Globes, César, BAFTA, Oscar et beaucoup plus tard, le Gala Québec Cinéma) avant de pouvoir remiser définitivement les longs métrages des douze derniers mois.

ISLE OF DOGS de Wes Anderson

ISLE OF DOGS de Wes Anderson en ouverture de la Berlinale

Mais n’attendons pas, projetons-nous dans un futur pas si lointain avec quelques films prévus pour 2018, des promesses cinématographiques qui donnent espoir à tous les cinéphiles gourmands.

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I, DANIEL BLAKE, critique du néolibéralisme

À l’aube de l’élection prochaine d’Emmanuelle Macron, produit pur du néolibéralisme, I, DANIEL BLAKE de Ken Loach arrive juste à temps pour nous secouer un peu. Palme d’Or méritée au Festival de Cannes en 2016, ce drame du quotidien met en scène des gens invisibles dans nos sociétés de performance. Voici ma critique à LA MATINALE de CIBL 101.5 FM.

UN HOMME QUI CRIE, lumière silencieuse

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Adam, ancien champion de natation d’Afrique centrale, est maître-nageur dans  hôtel de luxe de la capitale tchadienne, Ndjamena. Cette piscine « c’est toute ma vie » dira-t-il et aussi sa fierté, là où tout le monde le surnomme « Champion ». Mais la guerre contre les rebelles est à leurs portes et la crise économique s’invite aussi dans cette histoire où, jusque-là, tout baigne. Mahamat Saleh Haroun poursuit son exploration sans compromis de son pays dans UN HOMME QUI CRIE.

Titre emprunté à l’œuvre poétique CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL du martiniquais Aimé Césaire, Mahamat Saleh Haroun s’en inspire pour raconter la dissolution lente d’un homme droit et exemplaire. Magnifiquement campé par Youssouf Djaoro (déjà présent dans le précédent DARATT du réalisateur tchadien), son personnage d’Adam affrontera l’adversité sans baisser les bras, mais surtout sans jamais baisser la tête. Car son honneur, c’est tout ce qui lui reste.

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MOLOCH ou l’essence du mal

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Perché sur l’un des sommets des alpes bavaroises trône le Berghof, la résidence secondaire d’Adolf Hitler. C’est là, au-dessus des nuages, que nous découvrons une Eva Braun nue, dansant sur l’imposante terrasse qui surplombe le reste du monde. Dans cette première séquence de Moloch d’Alexandre Sokourov, l’aspect intemporel et complètement externe à la guerre nous frappe. Car nous sommes bien en 1942, au cœur de la Deuxième Guerre Mondiale.

Choix audacieux de Sokourov de recréer un épisode négligeable dans la vie du Führer, le réalisateur russe a voulu montrer à travers ces moments de repos du chef nazi et de son entourage (Eva Braun, Goebbels et Bormann, en plus de leur épouse) les esprits dérangés derrière les atrocités commises durant ce conflit majeur. À l’abri des regards dans cette forteresse « flottante », il y aura pourtant très peu de politique débattue et le conflit qui se poursuivait beaucoup plus bas sera évoqué uniquement sous la forme d’actualité cinématographique présenté à Hitler et ses invités. Ce newsreel bien réel détonne de la fiction historique dans laquelle nous sommes plongés, comme si ces moments de vérité devenaient faussés aux yeux des personnages (Hitler ira même jusqu’à dire que le film est incohérent et incomplet). En somme, la guerre n’est qu’un écho lointain pour eux, très loin de Berghof.

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