UN HOMME QUI CRIE, lumière silencieuse

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Adam, ancien champion de natation d’Afrique centrale, est maître-nageur dans  hôtel de luxe de la capitale tchadienne, Ndjamena. Cette piscine « c’est toute ma vie » dira-t-il et aussi sa fierté, là où tout le monde le surnomme « Champion ». Mais la guerre contre les rebelles est à leurs portes et la crise économique s’invite aussi dans cette histoire où, jusque-là, tout baigne. Mahamat Saleh Haroun poursuit son exploration sans compromis de son pays dans UN HOMME QUI CRIE.

Titre emprunté à l’œuvre poétique CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL du martiniquais Aimé Césaire, Mahamat Saleh Haroun s’en inspire pour raconter la dissolution lente d’un homme droit et exemplaire. Magnifiquement campé par Youssouf Djaoro (déjà présent dans le précédent DARATT du réalisateur tchadien), son personnage d’Adam affrontera l’adversité sans baisser les bras, mais surtout sans jamais baisser la tête. Car son honneur, c’est tout ce qui lui reste.

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MOLOCH ou l’essence du mal

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Perché sur l’un des sommets des alpes bavaroises trône le Berghof, la résidence secondaire d’Adolf Hitler. C’est là, au-dessus des nuages, que nous découvrons une Eva Braun nue, dansant sur l’imposante terrasse qui surplombe le reste du monde. Dans cette première séquence de Moloch d’Alexandre Sokourov, l’aspect intemporel et complètement externe à la guerre nous frappe. Car nous sommes bien en 1942, au cœur de la Deuxième Guerre Mondiale.

Choix audacieux de Sokourov de recréer un épisode négligeable dans la vie du Führer, le réalisateur russe a voulu montrer à travers ces moments de repos du chef nazi et de son entourage (Eva Braun, Goebbels et Bormann, en plus de leur épouse) les esprits dérangés derrière les atrocités commises durant ce conflit majeur. À l’abri des regards dans cette forteresse « flottante », il y aura pourtant très peu de politique débattue et le conflit qui se poursuivait beaucoup plus bas sera évoqué uniquement sous la forme d’actualité cinématographique présenté à Hitler et ses invités. Ce newsreel bien réel détonne de la fiction historique dans laquelle nous sommes plongés, comme si ces moments de vérité devenaient faussés aux yeux des personnages (Hitler ira même jusqu’à dire que le film est incohérent et incomplet). En somme, la guerre n’est qu’un écho lointain pour eux, très loin de Berghof.

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LE SALAIRE DE LA PEUR, mettre en scène le danger

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Au début du long métrage Le salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, il y a la vie. À Las Piedras, ville fictive d’Amérique latine, le réalisateur français nous montre comment la population et les migrants allemands, américains et français cohabitent dans ce no man’s land où règnent la chaleur et un chaos contrôlé. Ensuite, il y a la mort, celle que transportent deux duos d’hommes dans leur camion plein de galons de nitroglycérine. Le tout nous donne un long métrage haletant d’un cinéaste au sommet de son art, capable de mettre en scène le danger en le domptant habilement.

Sorti en salles en 1953, Le salaire de la peur remportait alors l’Ours d’or au Festival de Berlin et la Palme d’or du Festival de Cannes (plus précisément le Grand prix du Festival international du film 1953, car la première Palme d’or fut décernée en 1955). Exploit exceptionnel désormais impossible, dû à l’exclusivité de chaque festival, Henri-Georges Clouzot s’attaquait à un grand succès en adaptant le roman du même titre de Georges Arnaud.

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Rouge Almodóvar

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En attendant JULIETA, le 20e long métrage distribué (1) de Pedro Almodóvar (qui est reparti bredouille du Festival de Cannes), pourquoi ne pas revenir sur l’ensemble de son oeuvre.

Depuis PEPI, LUCI, BOM ET AUTRES FILLES DU QUARTIER en 1980, le cinéaste espagnol a probablement réussi à  créer l’une des signatures les plus fortes du cinéma international. Avec 6 présences en compétition officielle au Festival de Cannes, 2 Oscars (meilleur film en langue étrangère pour TOUT SUR MA MÈRE en 2000 et meilleur scénario original pour PARLE AVEC ELLE en 2003, fait rare pour un film étranger) et de nombreux autres prix sur l’ensemble de la planète, Almodóvar a atteint le statut enviable d’avoir des spectateurs fidèles au quatre coins du globe.

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A TOUCH OF SIN, l’année du tigre

Avant la sortie imminente du plus récent film de Jia Zhangke AU-DELÀ DES MONTAGNES (vendredi 27 mai), retour sur son film précédent, le puissant A TOUCH OF SIN, l’un des meilleurs longs métrages de la présente décennie.

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Pour bien comprendre un pays et les différents enjeux sociaux, politiques et économiques qui s’y déroulent, il suffit de regarder les œuvres des artistes qui sont en réaction face aux décisions précises par l’élite en place. Depuis le réveil du dragon chinois, Jia Zhangke est probablement le  cinéaste de ce pays qui se distingue de tous les autres, avec le prolifique Wang Bing, pour l’acuité de son regard sur ses compatriotes. Autant dans ses documentaires que dans ses fictions, Jia Zhangke témoigne de la Chine moderne et des dérives de sa fulgurante ascension à l’économie de marché. A TOUCH OF SIN, son 10e long métrage est peut-être le plus virulent de tous ses constats.

Construit en quatre chapitres qui s’enchaînent de manières astucieuses, le chef de file de la 6e génération de réalisateurs chinois revient en force à la fiction, son chef d’œuvre STILL LIFE datant déjà de 2006. Prix du scénario au Festival de Cannes en 2013, A TOUCH OF SIN est aussi un exemple probant d’un réalisateur doué dédié à son art.

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LA LOI DU MARCHÉ, l’exception Lindon

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Dans le 6e long métrage de Stéphane Brizé, LA LOI DU MARCHÉ, il y a la consécration d’un acteur que nous savions doué et qui nous offre une performance parfaite. Vincent Lindon, couronné au Festival de Cannes en 2015 et aux César en 2016, montre à travers le personnage de Thierry, la palette complète des couleurs de son immense talent.

Troisième collaboration entre le cinéaste de MADEMOISELLE CHAMBON et le héros engagé de WELCOME, il y a une parfaite symbiose entre le réalisateur et son comédien. Brizé laisse toute la place à Lindon pour qu’il puisse développer dans les moindres petits détails, la force et la vulnérabilité de cet homme brisé par la réalité du monde du travail en France. Cette fiction à elle seule peut résumer ce qui se passe présentement chez nos cousins français, cette montée aux barricades que sont les nombreuses « nuit debout » et cette rage contre le système que plusieurs jeunes casseurs voudraient nous faire croire qu’ils représentent (mais qui grondent dans l’antre de beaucoup de salariés). S’il n’y a pas d’éclats dans LA LOI DU MARCHÉ, il y a beaucoup de violence, celle invisible qui gruge de l’intérieur des milliers de travailleurs qui réussissent à peine à joindre les deux bouts.

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MA LOUTE, la nouvelle comédie de Bruno Dumont

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Après le succès de P’TIT QUINQUIN, sa série criminelle absurde sur ARTE, Bruno Dumont revient au cinéma avec MA LOUTE une comédie d’époque mettant en vedette Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni Tedeschi.

Tourné dans le nord, sa région  natale à laquelle il est très attaché (ayant tourné la majorité de ses films), la signature de Bruno Dumont est reconnaissable dès l’arrivée de ses personnages.

Est-ce que MA LOUTE sera en compétition au prochain Festival de Cannes? Nous l’apprendrons lors de la conférence de presse du jeudi 14 avril.