CARCASSES, collision frontale entre le réel et la fiction

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Denis Côté l’a souvent affirmé, CARCASSES est son film préféré parmi toutes ses réalisations. Son 4e long métrage est arrivé tout de suite après ELLE VEUT LE CHAOS, œuvre que le cinéaste voulait plus grand public mais qui en a laissé plusieurs dubitatifs. En grande partie en réaction, mais aussi par amour du cinéma, Côté propose alors un véritable ovni cinématographique, dans lequel la fiction happe le réel sans trop crier gare.

CARCASSES c’est avant tout un lieu, un immense cimetière à aire ouverte de bagnoles qui agonisent au soleil. Sans pouvoir nous situer au cœur de ce décor aux allures post-apocalyptiques, nous y découvrons Jean-Paul Colmor toujours occupé à démembrer ses carrosseries tel un docteur Frankenstein. Le vieil homme vif et efficace semble être prisonnier de sa propre ambition, cette idée folle de tout vouloir conserver, comme s’il savait l’arrivée d’un drame prochain que nous ignorons encore. Mais plutôt que de nous faire un portrait humain et chaleureux de ce charmant monsieur atypique, Côté explore davantage l’univers dans lequel il évolue pour mieux en cerner sa singularité.

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Les états nordiques, explorer le territoire

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Revenir aujourd’hui sur les traces du premier long métrage du prolifique réalisateur Denis Côté, LES ÉTATS NORDIQUES, c’est trouver des nouvelles pistes de lecture qui nous échappaient alors. C’est que le cinéaste a défriché tellement de territoire dans son imaginaire depuis 2005, qu’il est désormais possible de comprendre davantage son point d’origine.

Il est fascinant de revisiter ce film artisanal construit surtout avec une volonté de faire du cinéma. Ce n’est sûrement pas un hasard que le tout commence avec une suite de plans dans lesquels nous voyons les réactions de spectateurs (réactions provoquées avec lesquelles il s’amuse encore maintenant). Si nous pensons au début qu’ils sont face à un écran de cinéma à cause de la réflexion d’une lumière diffuse sur leur visage, l’ampleur de leur enthousiasme collectif les trahit, et la scène de lutte qui apparaît vient confirmer nos doutes. Cet hommage instinctif au film LA LUTTE, œuvre phare du cinéma direct, propulse ce récit qui fera la part belle au documentaire.

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Denis Côté - Viennale 2013

Denis Côté – Viennale 2013

Avec déjà neuf longs métrages présentés sur nos écrans en seulement onze ans (plus le moyen métrage LES LIGNES ENNEMIES et de nombreux courts métrages), le désir de cinéma chez Denis Côté demeure ce qui anime sa démarche créative. Il y a une véritable envie de provoquer des choses devant sa caméra, de bouleverser les règles établies de la narration, de surprendre le spectateur tout autant que lui-même.

Tenter de classer les œuvres de Denis Côté c’est risquer de poser des mots qui limiteraient la portée de celles-ci. Pour mieux cerner ses intentions et surtout comprendre ce qui lie ses films entre eux, il faut davantage plonger au cœur de ses réalisations. Voir et revoir ses fascinants objets cinématographiques comme la quête d’absolu d’un cinéaste envers son art. Ce besoin de se défier soi-même pour offrir un résultat unique et non conventionnel. C’est comme si cet ancien critique de cinéma s’amusait à nous montrer un univers hors champ, cette marge parallèle qu’il filme avec soin et minutie créant ainsi ses propres frontières imaginaires à l’extérieur de ses plans. Instinctif et obstiné, Côté cause des collisions frontales entre le réel et la fiction, s’intéressant à l’impact du choc et posant sa caméra sur les répercussions de cet étrange amalgame entre le vrai et le faux. L’improbable attaque de trisomiques dans le dépotoir de ferrailles dans CARCASSES le prouve très bien.

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Scène de l’inclassable CARCASSES

D’un film à l’autre, Denis Côté oscille entre ce besoin d’expérimenter et d’explorer les possibilités du 7e art sans toutefois vouloir sacrifier un souhait de raconter et de mettre en scène des personnages hors normes. C’est pourquoi après CURLING, qui se voulait alors son film le plus accessible, il a volontairement enchaîné avec un essai sans dialogue et mettant en vedette les bêtes d’un zoo, nous donnant ainsi l’étonnant BESTIAIRE. Si les animaux de BESTIAIRE se trouvaient réellement brimés de leur liberté dans leur cage ou leur enclos, dans les cadrages de Côté ils récupéraient, le temps d’un plan ou deux, la possibilité de s’exprimer.

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