LO AND BEHOLD, Herzog et les internets

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C’est le 29 octobre 1969 dans la pièce 3420 de l’Institut de recherche de l’Université Stanford que la toute première connexion entre deux ordinateurs a eu lieu. Prémisse de ce qui deviendra quelques années plus tard notre internet et aussi du fascinant documentaire de Werner Herzog, LO AND BEHOLD – REVERIES OF THE CONNECTED WORLD.

En 10 chapitres, cet essai cinématographique du vétéran cinéaste allemand ratisse large et dans toutes les directions, à l’image de son sujet. S’il est impossible de traiter de tous les aspects d’internet en moins de deux heures, il faut dire que le réalisateur de GRIZZLY MAN montre tout son savoir-faire en gardant son principal objectif, démontrer notre grande vulnérabilité face à cet invention souvent hors de contrôle qui, paradoxalement, contrôle de plus en plus nos vies.

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LOUIS-FERDINAND CÉLINE, l’épreuve cinématographique

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Emmanuel Bourdieu est avant tout un homme de lettres. Scénariste chez Desplechin (avec lequel il a signé le savoureux CONTE DE NOËL) mais aussi chez Garcia et Corsini, ses mots ont également animé les planches de théâtre et des centaines de pages de romans. Il était donc logique de le voir s’attaquer au scélérat qu’est devenu avec le temps Louis-Ferdinand Céline.

Il faut déjà préciser que Bourdieu s’est intéressé à un épisode très précis et d’une courte durée dans la vie de l’auteur de VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT. Étrangement, il ne signe pas le scénario. Nous le devons plutôt à Marcia Romano, proche de Bourdieu depuis ses débuts,  et qui a coécrit les trois plus récents films de Xavier Giannoli (dont l’excellent À L’ORIGINE). Nous nous retrouvons donc au Danemark en 1948, là où Céline s’est exilé pour fuir les accusations de collaboration avec les Nazis. Un jeune universitaire juif américain, Milton Hindus, vient rejoindre Céline, sa femme Lucette et leur chat Bébert (probablement celui qui s’en tire le mieux dans les interprétations) dans l’optique de rédiger un livre provenant de leurs échanges.

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LES DEUX AMIS, l’amitié selon Louis Garrel

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Devant la caméra de son père Philippe dès l’âge de 5 ans et baignant dans le monde des images depuis sa naissance, Louis Garrel est un véritable enfant du cinéma (notons aussi que sa mère est l’actrice et réalisatrice Brigitte Sy). Prenant son travail d’acteur très au sérieux, le filleul de Jean-Pierre Léaud a été chercher des outils pour améliorer son jeu au Conservatoire national, moment où sa carrière prenait vraiment son envol. S’il enchaîne les rôles depuis et qu’il a su se tailler une place de choix au sein du cinéma français, il ne faut pas se surprendre que par défi et envie, il soit passé derrière la caméra.

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LA LOI DU MARCHÉ, l’exception Lindon

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Dans le 6e long métrage de Stéphane Brizé, LA LOI DU MARCHÉ, il y a la consécration d’un acteur que nous savions doué et qui nous offre une performance parfaite. Vincent Lindon, couronné au Festival de Cannes en 2015 et aux César en 2016, montre à travers le personnage de Thierry, la palette complète des couleurs de son immense talent.

Troisième collaboration entre le cinéaste de MADEMOISELLE CHAMBON et le héros engagé de WELCOME, il y a une parfaite symbiose entre le réalisateur et son comédien. Brizé laisse toute la place à Lindon pour qu’il puisse développer dans les moindres petits détails, la force et la vulnérabilité de cet homme brisé par la réalité du monde du travail en France. Cette fiction à elle seule peut résumer ce qui se passe présentement chez nos cousins français, cette montée aux barricades que sont les nombreuses « nuit debout » et cette rage contre le système que plusieurs jeunes casseurs voudraient nous faire croire qu’ils représentent (mais qui grondent dans l’antre de beaucoup de salariés). S’il n’y a pas d’éclats dans LA LOI DU MARCHÉ, il y a beaucoup de violence, celle invisible qui gruge de l’intérieur des milliers de travailleurs qui réussissent à peine à joindre les deux bouts.

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La fille de DHEEPAN

Ce mauvais titre de critique est pleinement assumé, ayant pour seul but de comparer la Palme d’Or de Jacques Audiard, qui nous arrive enfin, avec le Grand prix du jury LE FILS DE SAUL, film exceptionnel du cinéaste hongrois László Nemes. Le coup de poing que nous avons reçu en début d’année, avec cette histoire de Sonderkommando tentant d’enterrer son soi-disant fils, allait-il vraiment être surpassé par le récit de ces trois réfugiés tamouls prétendant être une famille?

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Et aussi 9 nominations aux César 2106

Sans être supérieure, la première moitié de DHEEPAN est aussi réussie que celle de LE FILS DE SAUL. Contrairement à ses œuvres précédentes dans lesquels nous étions rapidement impliqués envers ses personnages (UN PROPHÈTE étant le meilleur exemple), Audiard développe habilement la psychologie de chacun d’eux et laisse les liens entre eux se tisser lentement, comme si la plaie de leur exil se refermait au fil du temps.

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FATIMA, film précieux

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Tranquillement, tel un artisan qui perfectionne son art, le cinéaste Philippe Faucon entre dans la cour des grands avec un film précieux, touchant et nécessaire, FATIMA.

Ayant fait ses classes comme régisseur sur les plateaux de Leos Carax et Jacques Démy, Philippe Faucon a toujours favorisé ces comédiens comme matière première de ses œuvres, tout ça dans des scénarios à hauteur d’hommes et de femmes.

Son 6e long métrage FATIMA, coproduit avec le Québec, est sans l’ombre d’un doute son plus abouti, où il dose habillement ce drame invisible tellement il est commun. Cette ménagère maghrébine monoparentale mère de deux grandes filles de 15 et 18 ans, tente tant bien que mal de leur offrir un avenir plus rose que le sien. Après un accident de travail, elle perfectionnera son apprentissage du français, tout en tenant un journal dans sa langue natale. Pour son scénario finement travaillé, Faucon s’est inspiré de deux livres de Fatima Elayoubi, Prière à la lune (2006) et Enfin, je peux marcher seule (2011). Il aurait pu très facilement tomber dans un insupportable mélodrame où s’enchaînent les clichés. Heureusement, il les évite en misant sur la solide performance de Soria Zeroual, qui mérite amplement sa nomination comme meilleure actrice à la prochaine cérémonie des César, aux côtés de vedettes telles Catherine Frot, Isabelle Huppert et Catherine Deneuve. Ce n’est pas rien.

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Il est rassurant aussi de voir que les jurys des 41e César (3 autres nominations: meilleur film, meilleur adaptation et meilleure espoir féminin pour la lumineuse Zita Hanrot, à droite sur la photo ci-haut), du prestigieux prix Louis-Delluc (l’équivalent du Goncourt au cinéma) et aussi le prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma ont reconnu la justesse du propos. Un palmarès impressionnant qui a débuté par sa présence à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en mai dernier aux côtés des Gomes, Desplechin, Van Dormaël et Garrel père.

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