Les états nordiques, explorer le territoire

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Revenir aujourd’hui sur les traces du premier long métrage du prolifique réalisateur Denis Côté, LES ÉTATS NORDIQUES, c’est trouver des nouvelles pistes de lecture qui nous échappaient alors. C’est que le cinéaste a défriché tellement de territoire dans son imaginaire depuis 2005, qu’il est désormais possible de comprendre davantage son point d’origine.

Il est fascinant de revisiter ce film artisanal construit surtout avec une volonté de faire du cinéma. Ce n’est sûrement pas un hasard que le tout commence avec une suite de plans dans lesquels nous voyons les réactions de spectateurs (réactions provoquées avec lesquelles il s’amuse encore maintenant). Si nous pensons au début qu’ils sont face à un écran de cinéma à cause de la réflexion d’une lumière diffuse sur leur visage, l’ampleur de leur enthousiasme collectif les trahit, et la scène de lutte qui apparaît vient confirmer nos doutes. Cet hommage instinctif au film LA LUTTE, œuvre phare du cinéma direct, propulse ce récit qui fera la part belle au documentaire.

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LA CICATRICE, déconstruire le réel

«J’ai commencé par le documentaire. Je l’ai abandonné car tout réalisateur de document finit par percevoir les limites à ne pas transgresser, celles au-delà desquelles on risque de faire du tort à ceux qu’on filme. C’est alors qu’on ressent le besoin de faire des longs métrages.» Krzysztof Kieślowski

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Quel bonheur de revenir aux sources de l’un des plus fascinants réalisateurs du dernier quart du 20e siècle, le polonais Krzysztof Kieślowski. Il y a dans son premier long métrage de fiction LA CICATRICE, plusieurs éléments qui nourriront ses œuvres marquantes, particulièrement son colossal LE DÉCALOGUE : le devoir moral de ses personnages principaux, l’importance du hasard dans la vie des gens, la mince démarcation entre le bien et le mal et le poids des structures du système communiste polonais.

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LES LIAISONS DANGEREUSES, intentions cruelles

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C’est en 1782 que tout commence sous la plume de Pierre Choderlos de Laclos. Sous forme de correspondances, nous découvrons les échanges entre la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, rivaux bourgeois qui se racontent leurs conquêtes respectives, conquêtes qu’ils abandonneront aussitôt, dans le déshonneur d’autrui si possible. Intentions cruelles qu’ils les mèneront, bien entendu, à leur perte. Il ne faut donc pas se surprendre si Roger Vadim, grand séducteur et réalisateur à scandales, s’intéresse à l’adaptation de LES LIAISONS DANGEREUSES. Connu surtout pour son 1er film provocateur, ET DIEU…CRÉA LA FEMME, Vadim réalise pourtant ici son meilleur long métrage.

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TULPAN, le cinéma de la vie

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Il y a des films qui viennent nous chercher droit au cœur, autant pour ce qu’il représente que pour ce qu’il dégage. Tulpan, premier long métrage de fiction du réalisateur kazhake Sergey Dvortsevoy, est de cette trempe. Perdue au milieu de nulle part dans ces « steppes de la faim » du nom de Betpak-Dala (désert au centre du Kazakhstan), une yourte résiste aux attaques violentes du vent et de la poussière. C’est dans ce lieu hostile que vivent Asa, sa sœur, son mari et leurs trois enfants.

Asa, de retour de son service militaire, est à la recherche d’une femme pour se marier. Malheureusement, un peu comme Charles, le prince de Galles, Asa a les oreilles très décollées. Et cela gêne la convoitée Tulpan qu’il courtise. Point de départ que ce qui semble être une comédie, le film de Dvortsevoy nous offre un voyage et une destination tout autre.

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VOLCAN, terre de glace et de feu

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En janvier 1973, une longue fissure de plus d’un kilomètre et demi se forma sur l’île Heimaey, la seule habitée dans l’archipel des îles Vestmann en Islande. Les images spectaculaires de cette éruption volcanique au pied d’un village côtier ouvrent le premier long métrage du réalisateur Rúnar Rúnarsson. De nombreuses résidences furent détruites, provocant l’exode forcé de milliers de personnes vers l’île principale de l’Islande.

Hannes, personnage central de Volcan, est l’un d’eux. Ce pêcheur reconvertit en concierge arrive à sa retraite après 37 ans de loyauté à la même école. Homme dur et froid, tant avec sa femme que ses enfants, sa vie sera bouleversée, et lui transformé, lorsqu’il devra s’occuper de sa conjointe gravement malade. Si cette prémisse vous semble familière par son thème, il serait vraiment injuste de le comparer au film de Michael Haneke Amour. Contrairement à la Palme d’or de 2012 qui met de l’avant un couple, la Louve d’or 2011 du Festival du Nouveau Cinéma s’intéresse davantage à la confrontation d’un vieil homme face à lui-même, de sa plongée au cœur de son cratère intérieur duquel il tentera d’émerger. Et notons aussi qu’il y a 35 ans d’écart entre les deux réalisateurs, détail non négligeable concernant le jeune islandais pour raconter un sujet qui, à première vue, semble si loin de lui.

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STILL WALKING, une famille comme toutes les autres

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Chaque famille à son histoire, composée de drames et de bonheurs où tous les membres semblent jouer un rôle aux yeux des autres. Dans le cas des trois générations du clan Yokoyama, c’est pour souligner la mort du fils ainé plusieurs années auparavant qui les pousse à se regrouper tous les ans. Avec une finesse et une grande délicatesse, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda compose dans Still Walking un des plus beaux portraits de famille contemporains.

Reprenant des thèmes récurrents dans son œuvre, soient ceux de la cellule familiale mais aussi des répercussions de la mort sur les vivants, Kore-Eda démontre plus que jamais sa maîtrise scénaristique et sa capacité à effacer tout effort de mise en scène. Et pourtant, derrière cette fluidité dans l’histoire et le jeu des comédiens, il y a un réalisateur en plein contrôle qui, tel un chef d’orchestre au sommet de son art, mise tout sur la symphonie.

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LOUIS-FERDINAND CÉLINE, l’épreuve cinématographique

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Emmanuel Bourdieu est avant tout un homme de lettres. Scénariste chez Desplechin (avec lequel il a signé le savoureux CONTE DE NOËL) mais aussi chez Garcia et Corsini, ses mots ont également animé les planches de théâtre et des centaines de pages de romans. Il était donc logique de le voir s’attaquer au scélérat qu’est devenu avec le temps Louis-Ferdinand Céline.

Il faut déjà préciser que Bourdieu s’est intéressé à un épisode très précis et d’une courte durée dans la vie de l’auteur de VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT. Étrangement, il ne signe pas le scénario. Nous le devons plutôt à Marcia Romano, proche de Bourdieu depuis ses débuts,  et qui a coécrit les trois plus récents films de Xavier Giannoli (dont l’excellent À L’ORIGINE). Nous nous retrouvons donc au Danemark en 1948, là où Céline s’est exilé pour fuir les accusations de collaboration avec les Nazis. Un jeune universitaire juif américain, Milton Hindus, vient rejoindre Céline, sa femme Lucette et leur chat Bébert (probablement celui qui s’en tire le mieux dans les interprétations) dans l’optique de rédiger un livre provenant de leurs échanges.

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