UN AMOUR D’ÉTÉ, au cœur de la montagne

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Avec la fermeture du cinéma Excentris, la Cinémathèque québécoise a eu la brillante idée de reprendre le flambeau de la diffusion d’un créneau précieux, celui des documentaires indépendants, majoritairement québécois. C’est par cette chance que vous pourrez tomber sous le charme du duo UN AMOUR D’ÉTÉ de Jean-François Lesage (grand prix de la compétition nationale longs métrages aux derniers RIDM) précédé du court métrage MÉTRO de Nadine Gomez dès aujourd’hui.

3e long métrage du cinéaste montréalais (en plus d’un moyen métrage UNE NUIT EN CHINE que vous pouvez voir ici), Jean-François Lesage nous confie une fois de plus à une immersion quasi sensorielle dans la métropole (après son magnifique CONTE DU MILE END), plus précisément dans les boisés du Mont-Royal bercé par l’éclairage de la lune.

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9 films à voir cet été

Comme toujours, l’été est souvent un désert cinématographique pour les cinéphiles qui veulent voir autres choses que des films usinés par les gros studios américains. Si nous pouvons toujours compter sur le festival FANTASIA pour nous proposer vraiment du cinéma audacieux et hors des sentiers battus, il faudra aussi ajouter la Cinémathèque québécoise qui nous promet plusieurs bijoux de la Nouvelle vague française.

C’est aussi souvent dans les parcs que les trouvailles se font. La dynamique équipe de Funambules Médias sera de retour pour la 7e édition du Cinéma sous les étoiles (horaire à venir sous peu). Et plusieurs festivals investissent aussi les lieux publics comme les RIDM et Cinémania.

En fouillant un peu, il y a tout de même 9 films qui mériteront une visite dans les salles obscures cet été.

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CHEVALIER de Athiná-Rachél Tsangári (vendredi 17 juin)

Après le rafraîchissant ATTENBERG, la réalisatrice grecque est de retour avec CHEVALIER. Tout comme son compatriote Yórgos Lánthimos (CANINE, ALPS, THE LOBSTER), dont elle produit les films, Tsangári a toujours une prémisse assez singulière. Dans ce cas-ci, il s’agit de 6 hommes coincés sur un yacht de luxe, qui s’affronteront dans une compétition à savoir « qui est le meilleur en général ». L’humour absurde et les malaises seront sûrement encore présents.

Pour voir la bande-annonce.

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Caché ces films

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Dure semaine pour la liberté d’expression, tant au Québec qu’en France. Nous nous doutions un peu que le documentaire OF THE NORTH de Dominic Gagnon ne serait finalement pas présenté aux prochains Rendez-Vous du Cinéma Québécois mais il est vraiment dommage d’avoir manqué cette opportunité d’en débattre, quelques mois après la polémique créée aux Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal. Oui, il s’agit là d’un choix de programmation mais, comment peut-on passer outre l’un des rares films qui soulèvent des questionnements, tant dans le contenant que le contenu. Un précédent a eu lieu et tout le monde est perdant de cette décision, même ceux qui s’opposent farouchement à ce documentaire pertinent.

En France, la situation n’est guère mieux. Suite à des pressions de l’organisation catholique traditionaliste Promouvoir, plusieurs œuvres récentes ont vu leur visa d’exploitation annulé ou l’interdiction d’être présenté aux mineurs. Il y a eu LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRES 1 ET 2 d’Abdellatif Kechiche, LOVE de Gaspar Noé, ANTICHRIST de Lars von Trier et peut-être aussi le premier film d’Eva Husson BANG GANG (toujours inédit au Québec).

Peu importe de quel côté de l’Atlantique nous nous situons, le message est de plus en plus clair: le cinéma ne doit pas choquer, il ne doit pas confronter les valeurs de certains groupes sans leur consentement, la représentation du réel (car oui, le 7e art est un point de vue suggestif sur la réalité, qu’il soit documentaire ou fiction) doit être lisse et uniforme, et surtout nous devons partager la même opinion devant les images proposées pour éviter d’en débattre, de se questionner collectivement.

C’est la critique et journaliste Helen Faradji qui met le doigt sur le réel problème dans son plus récent éditorial (car il y a eu aussi l’épisode concernant les Jutra, grâce au chroniqueur télé (!) Hugo Dumas, parlant d’un sujet qu’il ne connait définitivement pas). Au-delà du cinéma, elle touche une triste réalité, celle qu’elle décrit ici: « (…) car cette chronique révèle quelque chose de bien plus profond. Quelque chose comme une parole de plus en plus décomplexée qui, depuis quelques mois, quelques années, s’exprime ouvertement, sans fards, sans se soucier de rigueur, de faire avancer les débats ou de simplement dépasser la triste et monomaniaque opinion. Politiquement, socialement, économiquement, culturellement, la parole publique est chaque jour un peu plus confisquée par des gérants d’estrade, surfant avec allégresse sur la vague du moment, leur populisme et leur démagogie leur servant de rames.
De l’autre côté, les « experts » sont devenus les snobs de service, têtes de turc à abattre qui incarnent cette intelligentsia donneuse de leçons (…)« .

Comment en sommes-nous arrivés là? Comment se fait-il que des populistes réussissent toujours à prendre le dessus sur des sujets qu’ils savent seulement effleurer? Désormais il est impossible de pouvoir discuter de ces films sans que des âmes pures grimpent dans les rideaux de leur vertu. Nous vivons une triste époque où la réflexion et le recul ont laissé place à l’instantanéité et une forme de narcissisme réactionnel.

Vivement la lecture, la recherche, l’écoute et l’ouverture sur les autres plutôt que cette paresse intellectuelle ambiante.

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