Anim sur le lac, une deuxième édition pleine de promesses

Plus que jamais, en ces temps incertains où nous nous questionnons tous et toutes sur notre monde, l’importance des festivals de cinéma prend tout son sens. Permettant la rencontre entre le public, les créations et les cinéastes, ces rendez-vous sont une chance unique de s’émerveiller et d’échanger tous ensemble, dans un climat de bienveillance et de curiosité. Dans le contexte actuel, chaque festival qui revient l’année suivante est un acte de résistance de la part de ces organisateurs. Tel est le cas d’Anim sur le lac, le festival de cinéma d’animation au Lac St-Jean, qui propose une deuxième édition foisonnante, du 6 au 9 août prochain. Boran Richard et Rosalie Guay, les cofondateurs de ce festival international installé à Saint-Félicien, ont préparé une impressionnante programmation.

Après le succès de leur première édition, Anim sur le lac récidive avec neuf programmes, composés de 68 courts métrages provenant de 18 pays. Il y aura aussi un atelier de stop motion avec le réputé Érik Goulet, une discussion du passage de la BD du film d’animation HARVEY avec la réalisatrice Janice Nadeau et l’auteur jonquiérois Hervé Bouchard, un ciné-croissant sur les coulisses de l’Oscar qu’a remporté LA JEUNE FILLE QUI PLEURAIT DES PERLES réalisé par les montréalais Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, une carte blanche dédiée au festival belge Anima (programme 8), un ciné-parc (programme 1), un souper pro, plusieurs fêtes et une rétrospective bien méritée des œuvres de Joël Vaudreuil (programme 5).

LE COURANT FAIBLE DE LA RIVIÈRE, l’un des courts métrages de la rétrospective consacrée au cinéaste Joël Vaudreuil

Survolons les programmes compétitifs pour dénicher quelques coups de cœur bien personnels. Jeudi 6 août à 20h30 le programme numéro 1 sera présenté dans le cadre d’un ciné-parc. Treize courts défileront devant les yeux du public en plein-air, dont cinq films réalisés par des étudiantes et étudiants du programme Arts, lettres et communication du Cégep de St-Félicien, prouvant que la relève est bien présente, même localement. Vous y découvrirez aussi le magnifique ZWERMEN, court métrage néerlandais d’animation de marionnettes, une création de Janneke Swinkels et Tim Frijsinger. Nous y suivons un vieil homme qui se sent un peu prisonnier dans sa maison de soins et qui, tranquillement, se transforme en oiseau. Les deux cinéastes nous touchent avec ce personnage expressif qui embrasse ce qui lui arrive, apprivoisant chacune des étapes de sa destinée. Soulignons aussi un souci des détails (accessoires, textures, etc.) et de la poésie qui émane de cette métaphore sur l’un des grands mystères de la vie, la mort.

ZWERMEN des cinéastes néerlandais Janneke Swinkels et Tim Frijsinger

Le jeune public n’a pas été oublié, avec le programme 2 qui lui est consacré. Quatre films colorés, dont la sympathique comédie musicale SIGNAL de Mathilde Parquet et Emma Carré. Ce court raconte ce qui arrive à Claudie, une scientifique dont le travail est de sondé l’espace, à la recherche de vie extra-terrestre. Impossible de ne pas être charmé par cette entrainante fantaisie, de ses attachants personnages et de la qualité des décors dans lesquels ils évoluent.

SIGNAL des réalisatrices françaises Mathilde Parquet et Emma Carré

L’une des grandes claques de cette édition se retrouve dans le programme numéro 3. Le documentaire animé L’HIVER EN MARS de la cinéaste arménienne Natalia Mirzoyan nous plonge dans le récit d’un couple russe qui a fuit leur pays suite à l’invasion de l’Ukraine. À l’aide de poupées confectionnées avec de vieux bouts de tissus et d’éléments de décors fait de ficelles et de cotons, les propos des protagonistes résonnent fortement en nous. La réalisatrice a su construire un tout cohérent, en trouvant un juste équilibre entre le réel et quelques envolées surréalistes. Un grand court métrage d’animation!

L’HIVER EN MARS de Natalia Mirzoyan, une coproduction entre l’Estonie, l’Arménie et la France

Si nous connaissons bien le cinéma de fiction iranien, grâce à des cinéastes comme Jafar Panahi, Asghar Farhadi, Mohammad Rasoulof, le regretté Abbas Kiarostami et plusieurs autres, le cinéma d’animation de ce pays si riche culturellement demeure méconnu. Dans le programme 4, vous pourrez voir LA NUIT du réalisateur Pooya Afzali, quatre sublimes minutes qui dépeignent la plus puissante forme de résistance face à la guerre, l’amour. Un film qui réussit le tour de force de parler autant de l’acte de créer, de résilience, et de l’amour entre une femme et un homme.

LA NUIT du réalisateur iranien Pooya Afzali

Plusieurs bons courts métrages québécois constituent une bonne partie du programme 6, dont plusieurs créations de cinéastes en début de carrière, comme les solides DES GENS VIVENT ICI de Gabrielle Côté et HISTOIRE D’ANXIÉTÉ d’Adèle Schneider. J’ai été particulièrement impressionné par ANTIFONCTIONNELLE réalisé par Léonie Savard, un film étudiant que n’aurait pas renié un certain David Lynch. Dans une ambiance à mi chemin entre le rêve et le cauchemar, une jeune femme tente de prendre sa place. Une œuvre qu’il faut vivre plutôt que d’essayer de tout comprendre, ANTIFONCTIONNELLE nous montre le talent d’une artiste qui déjà pousse son art hors des sentiers battus. Aidé d’une riche conception sonore et musicale de Fred Fortin, ce court vous restera en tête en sortant de la salle.

ANTIFONCTIONNELLE de Léonie Savard, plus récent court de sa trilogie « ANTI »

Parmi les cinq courts du programme 7, quel bonheur de débuter avec APNÉE, l’un des deux courts de Badminton Plus (identité cinématographique de la bédéiste et compositrice montréalaise Zviane) présenté durant cette deuxième édition d’Anim sur le lac (son autre court étant VALSE NOBLE dans le programme 1). APNÉE déconstruit habilement la dépression d’une jeune femme, teinté de l’humour singulier de la cinéaste et de son acuité sur ce qui l’entoure. En adaptant sa propre bande-dessinée, Badminton Plus utilise judicieusement la narration pour enrichir ses dessins.

APNÉE, l’un des deux courts métrages de Badminton Plus sélectionnés cette année

Finalement, le programme neuf est composé de 8 courts provenant entre autres de la Pologne, de l’Italie, de Taïwan et d’ici. C’est un film de l’Espagne qui m’a particulièrement séduit dans cette sélection, MON JEU de David Navarro Bravo. L’humour noir de cette métaphore sur la mort des vidéoclubs est assez redoutable, et le réalisateur espagnol se sert bien de la rotoscopie pour rendre hommage à cette époque révolue.

MON JEU du cinéaste espagnol David Navarro Bravo

À vous maintenant de faire vos choix parmi cette attrayante programmation. J’aurai le grand bonheur d’animer plusieurs projections, alors gênez-vous pas pour venir échanger vos coups de cœur avec moi. Bon Anim sur le lac, merci à Boran de l’invitation et vive les festivals de cinéma régionaux!

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