TULPAN, le cinéma de la vie

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Il y a des films qui viennent nous chercher droit au cœur, autant pour ce qu’il représente que pour ce qu’il dégage. Tulpan, premier long métrage de fiction du réalisateur kazhake Sergey Dvortsevoy, est de cette trempe. Perdue au milieu de nulle part dans ces « steppes de la faim » du nom de Betpak-Dala (désert au centre du Kazakhstan), une yourte résiste aux attaques violentes du vent et de la poussière. C’est dans ce lieu hostile que vivent Asa, sa sœur, son mari et leurs trois enfants.

Asa, de retour de son service militaire, est à la recherche d’une femme pour se marier. Malheureusement, un peu comme Charles, le prince de Galles, Asa a les oreilles très décollées. Et cela gêne la convoitée Tulpan qu’il courtise. Point de départ que ce qui semble être une comédie, le film de Dvortsevoy nous offre un voyage et une destination tout autre.

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La scène d’origine, la première filmée qui a complètement bouleversée le scénario et le reste du tournage, est celle de la naissance d’un agneau. Sans trucage ou d’effets spéciaux, dans ce long plan séquence d’une puissance inouïe, Askhat Kuchencherekov ira jusqu’à faire du bouche à bouche pour tenter de réanimer ce bébé mouton sans toutefois arrêter de jouer son rôle d’Asa. Fort de son expérience en documentaire, Sergey Dvortsevoy a su construire un superbe plaidoyer sur les difficultés et les beautés de la vie dans le désert.

Si les rôles d’adultes ont été confiés à des acteurs professionnels provenant des grandes villes, pas ceux des enfants qui animent par leurs chants, leurs jeux et leurs espiègleries une mise en scène ouverte aux surprises. Avec autant d’animaux dans ces paysages ensoleillés, Dvortsevoy a eu confiance que la vie réelle lui offrirait des moments très cinématographiques. Comme ce chamelon blessé à la tête, assis dans le side-car d’une moto et dont la mère chameau se met à les poursuivre en grognant.

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Ce « cinéma de la vie », comme l’appelle Dvortsevoy, permet au spectateur occidental de s’évader de la sienne et d’être complètement absorbé par une réalité à mille lieux de ses repères habituels. Un peu comme l’avait fait Urga du réalisateur russe Nikita Mikhalkov (Lion d’Or au Festival de Venise en 1991), dont l’action se situait dans les steppes voisines de la Mongolie. Mais contrairement à l’approche classique de Mikhalkov, tant dans son choix de plans mais aussi dans son développement narratif (soit l’arrivé d’un étranger russe au sein d’une famille vivant aussi dans une yourte), Dvortsevoy a privilégié une caméra nerveuse, prête à bondir aux moindres soubresauts autour de lui. Cette décision judicieuse procure une dose supplémentaire d’intensité sans pour autant sacrifier la beauté des décors naturels ou l’ouverture que l’horizon offre à nos regards.

L’absence de musique (si ce n’est la récurrente reprise de Rivers of Babylon par Boney M qu’un ami d’Asa écoute en boucle sur son tracteur, et les chansons folkloriques de la petite fille) permet au son des animaux et du vent des steppes de s’exprimer librement. Il faut entendre les ânes s’en donner à cœur joie, ou les chameaux qui semblent se plaindre de leur sort.

Unique en tout genre, Tulpan est une incursion rare et authentique dans un monde où il ne reste que l’essentiel pour survivre. Mais jamais  Sergey Dvortsevoy ne dépeint cet univers comme étant un endroit impossible au bonheur. Bien au contraire, Tulpan déborde de vie autant dans ses plans que dans ses hors champs, laissant un fort sentiment de plénitude et de ravissement. Et ça, c’est immense.

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