VOLCAN, terre de glace et de feu

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En janvier 1973, une longue fissure de plus d’un kilomètre et demi se forma sur l’île Heimaey, la seule habitée dans l’archipel des îles Vestmann en Islande. Les images spectaculaires de cette éruption volcanique au pied d’un village côtier ouvrent le premier long métrage du réalisateur Rúnar Rúnarsson. De nombreuses résidences furent détruites, provocant l’exode forcé de milliers de personnes vers l’île principale de l’Islande.

Hannes, personnage central de Volcan, est l’un d’eux. Ce pêcheur reconvertit en concierge arrive à sa retraite après 37 ans de loyauté à la même école. Homme dur et froid, tant avec sa femme que ses enfants, sa vie sera bouleversée, et lui transformé, lorsqu’il devra s’occuper de sa conjointe gravement malade. Si cette prémisse vous semble familière par son thème, il serait vraiment injuste de le comparer au film de Michael Haneke Amour. Contrairement à la Palme d’or de 2012 qui met de l’avant un couple, la Louve d’or 2011 du Festival du Nouveau Cinéma s’intéresse davantage à la confrontation d’un vieil homme face à lui-même, de sa plongée au cœur de son cratère intérieur duquel il tentera d’émerger. Et notons aussi qu’il y a 35 ans d’écart entre les deux réalisateurs, détail non négligeable concernant le jeune islandais pour raconter un sujet qui, à première vue, semble si loin de lui.

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Rúnarsson épate vraiment par la maturité de son récit et l’éloquence de sa mise en scène, à la fois sobre et pourtant si riche symboliquement. Le jeune cinéaste a une facilité pour diriger ses comédiens et les laisser s’épanouir devant sa caméra. La solide performance de Theodór Júlíusson dans le rôle d’Hannes le prouve bien, son visage s’offrant comme une carte maritime sur lequel le réalisateur y lit des courants d’émotions.

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Nommé aux Oscars avec son puissant premier court métrage La dernière ferme (une certaine genèse du Volcan à venir) et en compétition au Festival de Cannes avec son second, le sensible Les petits oiseaux,  Rúnarsson affichait déjà un parti pris pour une photographie éthérée et une profondeur narrative. Dans son univers créatif, ses personnages sont des jeunes et des vieux tourmentés, en perte d’équilibre à la frontière de l’âge adulte et de ses limites comportementales imposées. Rien n’est plus vrai dans son dernier court métrage  Anna, réalisé en 2009.

Ce qui ressort aussi chez Rúnarsson, autant dans ses courts que dans son long métrage, c’est l’amour pour son pays. L’Islande, qui veut littéralement dire « terre de glace », n’a jamais été filmée avec un tel désir de beauté, de rendre justice à ses paysages uniques où le roc gelé semble toujours sur le point de nous exploser sous les pieds.

Volcan est une promesse significative de Rúnar Rúnarsson et une pierre fondatrice d’une filmographie naissante. Un regard unique d’un jeune réalisateur qui aime particulièrement son métier et toutes les possibilités qui s’offrent à lui pour raconter ce qui habite son imagination. Et surtout, une nouvelle voix d’un pays isolé du monde, qui berce la planète de sa musique céleste (grâce à Björk, Sigur Rós, Múm et Of Monsters and Men pour ne nommer que ceux-là) mais qui a tant d’images encore à nous dévoiler.

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