UN HOMME QUI CRIE, lumière silencieuse

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Adam, ancien champion de natation d’Afrique centrale, est maître-nageur dans  hôtel de luxe de la capitale tchadienne, Ndjamena. Cette piscine « c’est toute ma vie » dira-t-il et aussi sa fierté, là où tout le monde le surnomme « Champion ». Mais la guerre contre les rebelles est à leurs portes et la crise économique s’invite aussi dans cette histoire où, jusque-là, tout baigne. Mahamat Saleh Haroun poursuit son exploration sans compromis de son pays dans UN HOMME QUI CRIE.

Titre emprunté à l’œuvre poétique CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL du martiniquais Aimé Césaire, Mahamat Saleh Haroun s’en inspire pour raconter la dissolution lente d’un homme droit et exemplaire. Magnifiquement campé par Youssouf Djaoro (déjà présent dans le précédent DARATT du réalisateur tchadien), son personnage d’Adam affrontera l’adversité sans baisser les bras, mais surtout sans jamais baisser la tête. Car son honneur, c’est tout ce qui lui reste.

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Premier réalisateur du continent africain invité à la compétition officielle du plus prestigieux festival de cinéma dans le monde depuis 13 ans, Mahamat Saleh Haroun se présente humblement au Festival de Cannes en 2010 et il en repart couronné du prix du Jury. Son regard lucide et parfois rugueux sur ses semblables a plu aux membres du jury. Et il était de retour en compétition sur la croisette en mai dernier avec GRISGRIS, toujours aussi percutant dans son propos sans toutefois mettre de côté la finesse de sa mise en scène.

Et tout est bien installé dès la première séquence où nous voyons Adam et son fils Abdel s’affronter dans un duel d’apnée dans la piscine de l’hôtel. Le père, essoufflé, sort la tête de l’eau au bout de quelques secondes. Son fils, tiendra un peu plus longtemps, tellement heureux de battre son paternel de soixante ans. Dès lors, les défaites d’Adam s’enchaîneront, jusqu’au jour où il perdra son rôle de sauveteur au bassin du complexe hôtelier. Se ramassant à lever et descendre la barrière à l’entrée de l’hôtel, il voit son fils lui ravir l’emploi qu’il occupait depuis trente ans.

Avec une économie de moyen et de mots, Mahamat Saleh Haroun réussit à nous témoigner sa rage et son inquiétude sur ce qu’il voit autour de lui. C’est par de simples idées qu’il montre le chemin de plus en plus étroit de son personnage central. Comme lorsqu’il arpente en pleine nuit une ruelle en moto et que la lumière du phare avant montre la route qui semble se refermer devant lui. Au nom de son intégrité, jusqu’où se rendra Adam? Trahira-t-il les siens pour éviter la honte?

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Dans le cinéma de Mahamat Saleh Haroun, malgré tous les drames et toutes les embûches, il y a énormément de lumière. La caméra du directeur photo français Laurent Brunet (responsable, entre autres, des superbes images de SÉRAPHINE de Martin Provost et de LA BELLE PERSONNE de Christophe Honorée) cadre parfaitement cette fragile balance entre la clarté et les zones d’ombragées, propre à ce pays baigné par le soleil qui ose à peine se coucher.

Si UN HOMME QUI CRIE ne peut pas représenter à lui seul le cinéma d’un immense continent, il témoigne tout au moins de la vigueur retrouvée des artisans africains. De Moussa Touré à Souleymane Cissé, sans compter toutes les nouvelles voix du cinéma nord-africain, Mahamat Saleh Haroun s’impose comme le conteur le plus pertinent du moment. « Un homme qui écrit » pour raconter les joies et les peines de son pays.

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