SANS FIN, la vie après la mort

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Avec SANS FIN, Krzysztof Kieślowski termine un cycle et en débute un nouveau à la fois. Juste avant d’entamer son ambitieux projet LE DÉCALOGUE, il propose son œuvre la plus explicitement politique, s’en prenant à la loi martiale décrétée par le général Jaruzelski en 1981, et il continue d’explorer les possibilités de la fiction, s’éloignant plus que jamais de son approche documentaire de ses débuts.

C’est avec de nouveaux collaborateurs, qui lui resteront fidèles jusqu’à sa mort prématurée en 1996 à l’âge de 54 ans, que Kieślowski démarre son nouveau projet de film en 1982. Au départ, il voulait réaliser un documentaire sur les nombreux procès « mise en scène » par l’état polonais pendant cette période sombre de son pays. Durant ses recherches,  Kieślowski fera une rencontre déterminante, celle d’un jeune avocat n’ayant aucune formation en cinéma mais qui deviendra pour les années à venir son coscénariste, Krzysztof Piesiewicz. Ensemble, ils prendront la décision d’écrire le scénario de SANS FIN, voyant la fiction comme le seul moyen possible pour raconter ces abus judiciaires avec un minimum de conséquences (ce 4e long métrage de Kieślowski sera tout de même censuré par l’état pendant quelques mois).

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Autre précieuse amitié qui se développera sur le tournage de SANS FIN, celle entre Kieślowski et son nouveau compositeur, Zbigniew Preisner. Ce talentueux autodidacte au style très romantique deviendra rapidement une des signatures des œuvres du cinéaste de LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE. Pour la première fois dans son cinéma, une certaine spiritualité s’invite grâce, entre autres, aux élans musicaux de Preisner.

Il a aussi la présence fantomatique du personnage d’Antek Zyro, qui nous annonce sa mort dans le monologue d’introduction. Il restera tout le film comme témoin des événements qui se produiront sous nos yeux de spectateurs. Le choix du comédien Jerzy Radziwiłowicz par Kieślowski montre le message qu’il voulait envoyer à ceux qui ont pris le pouvoir de force. Radziwiłowicz était la vedette de deux films marquants du réalisateur Andrzej Wajda, L’HOMME DE MARBRE en 1997 et L’HOMME DE FER en 1981, œuvres dans le même thème que celles du Kieślowski de l’époque, qui prenaient le parti des grévistes et dénonçaient les autorités en place.

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Autre nouveauté dans le cinéma de Kieślowski, le rôle principal est tenu pour la première fois par une femme. Il est possible de voir dans le personnage d’Urszula, habité par le jeu tout en subtilité de Grażyna Szapołowska, des ressemblances frappantes avec les Julie, Dominique et Valentine de la trilogie TROIS COULEURS qui prendront les traits de Juliette Binoche, Julie Delpy et Irène Jacob. Kieślowski semble alors comprendre qu’un protagoniste féminin offre plus d’ouverture sur le monde, autant extérieur qu’intérieur. Il suffit de voir l’évolution psychologique d’Urszula et surtout sa décision finale pour mesurer toute l’ampleur dramatique disponible dans le destin d’une femme. Maître des émotions et du ressentiment, Kieślowski y trouvera bien plus que la liberté, l’égalité et la fraternité à développer dans ses projets futurs.

Le cinéaste polonais avait ce don rare de mettre de la lumière dans l’obscurité de ses drames. En s’attardant aux petits détails (qui en réalité ne le sont pas vraiment), comme les photos qu’Urszula découvrira dans une boîte de son défunt mari, Kieślowski montre que l’expérience humaine va bien au-delà des lois, des codes de conduite et autres écrits qui dirigent nos vies communes. Il illustre chaque être comme une complexité difficile à cerner, composé d’expériences, de craintes, de désirs et surtout de quête de sens dans ce monde souvent violent dans lequel nous habitons tous. SANS FIN est réellement le début d’un cycle d’un grand cinéaste en pleine possession de ses moyens.

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