ANNA, usine de recyclage

ANNA de Luc Besson ⭐1/2

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Il y a eu Anne Parillaud, Milla Jovovich et Scarlett Johansson, au tour maintenant de la mannequin russe Sasha Luss d’entrer dans l’univers fantasmé du réalisateur Luc Besson. Son 18e long métrage s’intitule simplement ANNA, prénom en palindrome pour ce film qui multiplie inutilement les sauts dans le temps, du début à la fin.

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Après l’échec retentissant de son précédent rêve éveillé VALERIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES, au budget mirobolant de plus de 197 millions d’euros qui a faillit ruiner sa compagnie Europacorp, et une accusation de viol en 2018 qui sera classée sans suite à l’hiver dernier, que pouvions-nous attendre de cette homme-usine du cinéma français? Au moment de l’annonce de ce projet, Besson promettait un croisement entre NIKITA et LÉON (mieux connu en Amérique sous le titre THE PROFESSIONNAL). Nous avons plutôt une autre coquille vide à la LUCY, bien loin des classiques des années 90 du cinéaste.

Si cette mannequin-tueuse du KGB évoque un peu « le travail » du personnage de NIKITA, Besson ne semble plus avoir d’inspiration pour développer son héroïne, abusant d’ellipses et autres flashbacks pour justifier des trous flagrants dans son scénario. Et l’interprétation glaciale et en surface de l’une des reines des défilés du regretté Karl Lagerfeld, Sasha Luss ne parvient pas à nous intéresser au sort de son Anna, contrairement à la Nikita d’Anne Parillaud. Cette dernière avait le talent de nous montrer toutes les failles de son assassine, d’en exploiter les forces et les faiblesses dans chacune de ses missions. Dans ANNA, l’humanité des protagonistes n’existent pas, ils sont toutes et tous en mode action, à enchaîner les événements de leurs vies comme des robots programmés sans véritables émotions.

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Il y a bien une ou deux scènes de combats réussies, rappelant beaucoup la violence graphique de la trilogie JOHN WICK, mais dans l’ensemble il est impossible de prendre ce film au sérieux, et encore moins de lui attribuer une quelconque importance dans l’oeuvre de Luc Besson. Ayant presque laissé sa chemise et sa liberté l’an dernier, le cinéaste de SUBWAY semble désormais faire du cinéma comme d’autres vont à l’usine: efficace, désintéressé et sans surprise. Encore là, l’efficacité n’empêche pas les erreurs de raccords, de nombreux raccourcis scénaristiques et autres grossières maladresses.

Heureusement, il y a Helen Mirren, délicieuse dans son rôle de matrone russe qui supervise les missions de la jeune Anna. Il émane dans sa Olga un réel bonheur de jouer cette vieille agente du KGB qui clopine, une composition inspirée qui prouve que malgré la pauvreté des dialogues, il y a parfois moyen de tirer son épingle du jeu. Cillian Murphy et Luke Evans semblent davantage dépassés par les événements, plutôt qu’être les gardiens américains et russes de ces affrontements diplomatiques.

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En même temps, que pouvions-nous espérer d’autres pour cette pauvre ANNA? Une réflexion en sous-texte sur le rôle d’ingérence de la Russie dans la politique américaine? Une métaphore sur l’exploitation des femmes dans l’industrie de la mode? Venant de Besson, le tout aurait été mal vu et très mal perçu. Nous avons au final un produit dérivé plus proche du dirigeant d’Europacorp que du jadis influent et passionnant Luc Besson. Et un homme d’affaires derrière la caméra, ça donne souvent des produits recyclés.

 

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