DOGMAN, ne pas lâcher le morceau

DOGMAN de Matteo Garrone ⭐⭐⭐1/2

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Il y a dans l’histoire du cinéma italien, des performances d’acteurs et d’actrices qui transcendent l’oeuvre dans laquelle ils ou elles jouent. Comme si le scénario, les décors, toute la mise en scène, les autres comédiens et comédiennes, et même la musique, étaient là pour que la performance de l’un d’entre eux puisse s’élever au-dessus du lot, pour nous rendre témoin d’un moment de grâce dans la vie de cette personne, en pleine possession de ses moyens, capable d’être en parfaite cohésion avec son personnage, lui offrant même une humanité bien au-delà de celle écrite par le scénariste.

Que l’on pense à Marcello Mastroianni, plus grand que nature dans  HUIT ET DEMI de Federico Fellini; Monica Vitti, bouleversante dans LE DÉSERT ROUGE de Michelangelo Antonioni; ou encore Roberto Benigni dans son sublime LA VITA È BELLA. Je pourrais poursuivre cette énumération longtemps. Il faudra désormais y ajouter le nom de Marcello Fonte, géant dans le DOGMAN de Matteo Garrone.

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Campant un toiletteur pour chien qui subit la violence et les excès d’un soi-disant ami récemment sorti de prison, Marcello Fonte nous offre une composition magistrale (couronnée du prix d’interprétation masculine grandement mérité au Festival de Cannes 2018) , où les multiples facettes de son personnage se révèlent au fur et à mesure que le récit progresse, tout en finesse, dosant parfaitement entre sa vulnérabilité physique et son intelligence émotive, capable d’amadouer de méchants molosses, et de piéger son plus imposant adversaire.

Matteo Garrone a eu du flair en choisissant ce comédien méconnu, dont la carrière semblait bloquée dans les troisièmes rôles, et même de nombreuses figurations. Le cinéaste de GOMORRA a toujours su trouver de nouveaux visages expressifs, des voix qui demandaient seulement à s’exprimer pleinement, pour illustrer ses univers où ses héros ne triomphent jamais complètement, prisonnier d’un monde désolant, toujours sur le point de basculer du mauvais côté.

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Encore une fois, DOGMAN ne fait pas exception. Basé sur un fait divers d’une rare brutalité, qui a eu lieu dans une banlieue déshéritée de Rome dans les années 80, Garrone installe dès la première séquence un rapport de force, thème sur lequel le film repose entièrement. Lorsque Marcello arrête de laver/sécher/coiffer les chiens de son entreprise, il faut se demander s’il ne continue pas de côtoyer cette race canine dans les humains qui composent son environnement immédiat.  Comme si cette faune majoritairement masculine, en se retrouvant, sentait le besoin de se sentir l’un l’autre pour que chacun prenne son rang, les éternels dominés d’un côté, les mâles alpha à l’avant-plan.

Il y a un savoir-faire dans la mise en scène et le choix des plans de Matteo Garrone, car si nous voyons bien les chiens en cage, ses cadrages emprisonnent aussi ses personnages, jouant habillement avec la tension toujours sous-jacente… une morsure est si vite arrivée.

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Nous ne l’oublierons pas de si tôt cet attachant Marcello de Marcello Fonte, son alter ego qui attendait le bon moment pour nous montrer sa force de caractère et son impressionnant magnétisme. DOGMAN devient alors son efficace véhicule ou, souhaitons-le vraiment, son tremplin vers d’autres rôles dans lesquels Fonte pourra s’épanouir comme acteur, mais aussi comme être humain.

 

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