LES DRAPEAUX DE PAPIER, prendre son envol

LES DRAPEAUX DE PAPIER de Nathan Ambrosioni ⭐⭐⭐1/2

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Une très intéressante question se pose avec l’arrivée sur nos écrans du premier long métrage du jeune Nathan Ambrosioni, LES DRAPEAUX DE PAPIER: comment critique-t-on un film dont la mise en marché repose surtout sur l’âge précoce du cinéaste? Si nous avons eu le cas de notre « prodige » national en la personne de Xavier Dolan, que penser de la proposition cinématographique de ce cinéaste précoce dont un de ses modèles est justement le réalisateur de J’AI TUÉ MA MÈRE?

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Ce qui est bien, c’est que la question s’évapore assez rapidement de notre esprit lorsque nous visionnons LES DRAPEAUX DE PAPIER. Peu importe que Nathan Ambrosioni ait écrit ce scénario à l’âge de 16 ans et qu’il soit passé derrière la caméra deux ans plus tard pour le tourner, il y a une compréhension forte et intuitive du langage cinématographique. Tant dans ses choix de cadrage que dans l’utilisation feutrée de la lumière (chapeau à la photographie de Raphaël Vandenbussche), Ambrosioni sait quoi faire pour que son histoire bénéficie de toutes les avantages possibles pour la bonifier.

Déjà, d’écrire ce récit sur cet homme de 30 ans qui sort de prison après avoir purgé une peine de 12 ans, et qui reprend contact avec sa jeune sœur qui le connait à peine, il y a là une preuve de maturité qui nous fait oublier son âge.  Si le scénario s’essouffle un peu dans le dernier tiers, Ambrosioni compense grandement en nous attachant à ses deux personnages, les écorchés vifs que sont Vincent (Guillaume Gouix) et Charlie (Noémie Merlant). Sa maîtrise de la direction de ses acteurs est exemplaire, sachant tirer le meilleur de son duo de vedettes.

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Guillaume Gouix (vu dans la série LES REVENANTS et de nombreux rôles de soutien au cinéma, entre autres dans le film GASPARD VA AU MARIAGE d’Antony Cordier) impressionne dans la peau de ce repenti un peu perdu à l’extérieur des murs de la prison, dont le seul moyen d’expression est souvent l’agressivité. Rappelant un plus jeune Vincent Cassel, Gouix a ce talent brut de la présence à l’écran, celui où nous sentons pleinement son incarnation de son personnage, capable de passer d’une colère primale (la scène de son explosion émotive au restaurant est d’une grande justesse, appuyée par un processus sonore astucieux du réalisateur) à un moment de tendresse avec sa sœur qu’il veut protéger.

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Noémie Merlant (bouleversante dans LE CIEL ATTENDRA de Marie-Castille Mention-Schaar) est tout aussi brillante, capable de plonger dans les failles qui dévorent tranquillement sa Charlie, et d’en ressortir pour exprimer une bienveillance silencieuse auprès de son frère aîné. Il y a vraiment des moments de grand bonheur de les voir s’entraider malgré leurs fêlures, de tenter de vivre ensemble même si tant de choses les opposent, comme pour montrer au destin qu’il a parfois tort.

S’il y a bien quelques plans qui évoquent MOMMY de Xavier Dolan (particulièrement la scène de dos où Vincent pose les écouteurs sur ses oreilles juste avant d’entamer une course), Nathan Ambrosioni s’en inspire sans vouloir copier. Et l’absence totale de la mère (et un père de passage), nous dirige dans un univers narratif qui lui est propre. LES DRAPEAUX DE PAPIER est l’envol d’une carrière qu’il faudra suivre de près, celle d’un cinéaste capable de nous émouvoir et de nous secouer, et surtout de nous plonger dans son monde intérieur, où d’autres histoires doivent sûrement se bousculer pour sortir et prendre vie.

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