LE DAIM, changer de peau

LE DAIM de Quentin Dupieux ⭐⭐⭐⭐

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Fort de quelques-uns des plus beaux ovnis cinématographiques de la récente décennie (entre autres le pneu tueur de RUBBER et la mise en abyme sans fin de RÉALITÉ) l’univers de Quentin Dupieux continue son expansion avec probablement son oeuvre la plus aboutie et la plus pertinente, le jouissif et inquiétant LE DAIM.

Pour ce septième long métrage (NON FILM étant un moyen métrage de 42 minutes), le cinéaste trouve en Jean Dujardin son parfait alter ego, un homme qui craque pour un manteau en daim et qui s’improvisera réalisateur, suite au cadeau d’une caméra-vidéo offerte par l’ancien propriétaire du dit blouson. Là où tout bascule, c’est lorsque ce Georges prend la décision (ou est-ce celle de la peau de daim) d’être le seul a posséder une veste dans ce coin perdu des Pyrénées.

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Si encore une fois la prémisse du nouveau Dupieux semble tout droit sortie d’une séance de brainstorming drôlement efficace, il y a dans LE DAIM, au-delà de la comédie décalée, un portrait cinglant de notre époque, un film juste et précis sur le narcissisme généralisé et sur la maladie mentale qui rôde dans nos vies, prête à faire dériver les plus fragiles d’entre-nous. C’est définitivement le cas de Georges, qui se met à entendre les commentaires et les demandes de son manteau, l’isolant davantage après avoir plaqué femme et boulot.

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Si la folie s’exprimait souvent dans les processus narratifs (parfois techniques) que Quentin Dupieux utilisait, pour LE DAIM c’est le Georges de Jean Dujardin qui l’incarne. Dupieux a compris qu’il serait plus « logique » de simplifier sa trame, en misant entièrement sur son acteur principal. Et il avait à ses côtés en son double barbu, un Jean Dujardin au sommet de son art. Dans son œil vide de compréhension et dans sa descente vertigineuse dans la schizophrénie, Dujardin excelle lorsqu’il est convaincu de ses conneries (salutations à son OSS 117 et son Charles Faulque dans LE BRUIT DES GLAÇONS de Bertrand Blier).

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N’oublions pas Adèle Haenel, qui nous propose une Denise tout aussi troublante. Cette serveuse wannabe monteuse, qui voit en Georges l’entrée libératrice vers la création, n’est pas aussi naïve qu’elle semble nous laisser croire. Si nous trouvons surtout des drames dans sa filmographie, Haenel prouve depuis l’excellent EN LIBERTÉ! de Pierre Salvadori qu’elle a le sens de la répartie et le visage impassible pour dégainer plus vite que son ombre une vanne ou une réplique inattendue.

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En entendant les premières notes de la trame sonore du vétéran compositeur franco-turc Janko Nilovic, notes qui deviendront un leitmotiv accompagnant l’évolution ou plutôt la régression de l’antihéros, l’humour dans LE DAIM évolue sur fond de drame annoncé. Dupieux étant lui-même musicien (sous le pseudo Mr. Oizo), il s’amuse avec nous tout au long de la progression du récit, déposant ici et là des éléments anodins qui en viennent à ponctuer et enrichir son séduisant délire.

Après le préoccupant JOKER de Todd Phillips, LE DAIM témoigne aussi avec acuité la déroute des âmes humaines et le mal-être ambiant. L’intelligence avec laquelle il nous embarque dans cette autre fin d’un monde est réjouissante à de nombreux égards. Quentin Dupieux occupe désormais une place enviable parmi les cinéastes à la signature identifiable dès les premières minutes de leur film, mais aussi comme digne héritier de Luis Buñuel, capable de poser un regard à la fois loufoque et éclairant sur l’absurdité humaine.

 

 

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