LE DÉSERT DES TARTARES, capturer l’histoire

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Il y a des films qui deviennent précieux, pour de multiples raisons. Certains parce qu’ils sont précurseurs d’une nouvelle technique cinématographique (que l’on pense à THE JAZZ SINGER d’Alan Crosland, premier film parlant) ou un film inachevé d’un cinéaste respecté (L’ENFER d’Henri-Georges Clouzot).  LE DÉSERT DES TARTARES de Valerio Zurlini a lui la particularité d’avoir été tourné dans un lieu unique qui n’existe plus sous sa forme d’origine aujourd’hui. La citadelle de Bam, dans le sud-est de l’Iran, où la majorité des extérieurs du film furent tournés, a malheureusement disparu suite au terrible tremblement de terre qui secoua l’Iran en 2003, et qui a fait plus de 30 000 morts.

Cette gigantesque fortification, constituée d’un mélange de terre et de paille, construite au Ve siècle avant Jésus-Christ et inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004, demeure en reconstruction depuis plus d’une dizaine d’années. LE DÉSERT DES TARTARES restera pour toujours le plus élogieux des témoignages de ce lieu chargé d’histoire. Et dans ce dernier long métrage de Valerio Zurlini, la citadelle de Bam peut se vanter d’en être le personnage central du récit (les intérieurs ont quant à eux été créés au mythique studio de Cinecittà).

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MOLOCH ou l’essence du mal

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Perché sur l’un des sommets des alpes bavaroises trône le Berghof, la résidence secondaire d’Adolf Hitler. C’est là, au-dessus des nuages, que nous découvrons une Eva Braun nue, dansant sur l’imposante terrasse qui surplombe le reste du monde. Dans cette première séquence de Moloch d’Alexandre Sokourov, l’aspect intemporel et complètement externe à la guerre nous frappe. Car nous sommes bien en 1942, au cœur de la Deuxième Guerre Mondiale.

Choix audacieux de Sokourov de recréer un épisode négligeable dans la vie du Führer, le réalisateur russe a voulu montrer à travers ces moments de repos du chef nazi et de son entourage (Eva Braun, Goebbels et Bormann, en plus de leur épouse) les esprits dérangés derrière les atrocités commises durant ce conflit majeur. À l’abri des regards dans cette forteresse « flottante », il y aura pourtant très peu de politique débattue et le conflit qui se poursuivait beaucoup plus bas sera évoqué uniquement sous la forme d’actualité cinématographique présenté à Hitler et ses invités. Ce newsreel bien réel détonne de la fiction historique dans laquelle nous sommes plongés, comme si ces moments de vérité devenaient faussés aux yeux des personnages (Hitler ira même jusqu’à dire que le film est incohérent et incomplet). En somme, la guerre n’est qu’un écho lointain pour eux, très loin de Berghof.

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LE SALAIRE DE LA PEUR, mettre en scène le danger

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Au début du long métrage Le salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, il y a la vie. À Las Piedras, ville fictive d’Amérique latine, le réalisateur français nous montre comment la population et les migrants allemands, américains et français cohabitent dans ce no man’s land où règnent la chaleur et un chaos contrôlé. Ensuite, il y a la mort, celle que transportent deux duos d’hommes dans leur camion plein de galons de nitroglycérine. Le tout nous donne un long métrage haletant d’un cinéaste au sommet de son art, capable de mettre en scène le danger en le domptant habilement.

Sorti en salles en 1953, Le salaire de la peur remportait alors l’Ours d’or au Festival de Berlin et la Palme d’or du Festival de Cannes (plus précisément le Grand prix du Festival international du film 1953, car la première Palme d’or fut décernée en 1955). Exploit exceptionnel désormais impossible, dû à l’exclusivité de chaque festival, Henri-Georges Clouzot s’attaquait à un grand succès en adaptant le roman du même titre de Georges Arnaud.

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