ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD, rembobinage

ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD de Quentin Tarantino ⭐⭐⭐1/2

upon

Dire que Quentin Tarantino est nostalgique est désormais un euphémisme. Nous le savons bien, le cinéaste du classique PULP FICTION se nourrit d’une certaine tradition du cinéma américain, européen et asiatique, pour mieux s’en inspirer et nous offrir à son tour, ses plats du jour aux couleurs éclatantes qui allument le regard, aux arômes qui évoquent des souvenirs plus ou moins précis, et aux goûts familiers auxquels il ajoute ses épices bien distinctes. Tarantino n’a vraiment rien inventé sinon son propre univers cohérent, mais le réalisateur perpétue un savoir-faire digne des grands maîtres du 7e art qui œuvraient bien avant lui, un peu comme le font si bien aussi Christopher Nolan et Paul Thomas Anderson, chacun avec leur signature identifiable dès les premières minutes de leurs films, films qui à leur sortie sont des événements en soi.

upon1

ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD ne fait pas exception à cette règle. En cet été où les films américains de qualité se font rares, il ne faudrait surtout pas gâcher son plaisir pour savourer cette alléchante affiche, avec d’authentiques vedettes comme Leonardo Di Caprio et Brad Pitt, dignes héritiers d’un certain âge d’or des grands studios hollywoodiens.  Car plus que jamais, Tarantino pleure sur l’écran la mort et la disparition d’un certain type de cinéma. Celui qui faisait rêver, qui pouvait nous faire vivre toute la gamme des émotions, qui nous éblouissait par des séquences qui une fois terminées, donnaient envie de les revoir aussitôt. Le plus gros défaut du 9e long métrage de Quentin Tarantino serait celui de prendre d’assaut des milliers d’écrans maintenant plutôt que jadis, en pleine époque où le cynisme est roi, où la nostalgie trahit l’âge de son auteur et de son point de vue sur ses contemporains.

upon2

Nous sommes donc en 1969, aux côtés du duo formé de Rick Dalton (Di Caprio, parfait), vedette d’un feuilleton western sur le déclin, et sa doublure-cascadeur-ami-confident Cliff Booth (Pitt, de retour en force), à l’aube de la transformation majeure que subira Hollywood, avec l’arrivée au début des années 70 de jeunes cinéastes comme Martin Scorsese, George Lucas et Steven Spielberg. Sensiblement perdus à cette époque où les hippies semblent envahir le paysage urbain, Dalton & Booth se questionnent sur leur avenir respectif, le premier dans de nombreuses crises existentielles (la séquence où Di Caprio joue l’acteur qui se confronte à lui-même dans un miroir et qui se ressaisit dans sa loge est particulièrement jouissive), le second dans son refus de vieillir. Et petit détail pas trop anodin pour la suite de l’histoire, Rick Dalton a de nouveaux voisins, un certain Roman Polanski (auréolé du succès de ROSEMARY’S BABY) qui rentre quotidiennement en décapotable accompagné de sa lumineuse Sharon Tate (la quasi muette mais photogénique Margot Robbie).

upon3

D’une certaine façon, tous les films de Quentin Tarantino sont des westerns ou des hommages grandiloquents à ce genre qui l’a particulièrement marqué. Son récit, qui peut semblé s’éparpiller, converge pourtant vers l’ultime confrontation finale, traversé par une remise en question de ses personnages et de leur futilité dans ce monde en mouvement, en pleine mutation. ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD déborde de références et d’utilisation des codes des films de cowboys. Il faut voir filer à vive allure le Cliff de Brad Pitt dans la Cadillac de son ami Dalton (nom qui n’a rien d’un hasard), comme s’il était en selle sur de puissants chevaux-vapeurs, moment de pur bonheur cinématographique qui démontre l’ampleur du travail de reconstitution des célèbres boulevards de la cité des anges. Visuellement sans faille (encore un excellent boulot du directeur-photo Robert Richardson, proche collaborateur de Martin Scorsese,  Oliver Stone et Tarantino) avec de nombreux plans ingénieux (toute la séquence au ranch, qu’ont pris d’assaut Charles Manson et ses adeptes, est un réel ravissement pour les yeux), dont certains à couper le souffle, Tarantino prouve qu’il n’a rien perdu dans la précision de son regard. Et que dire de son humour, toujours aussi vif et corrosif grâce à des dialogues qui sont dégainés souvent sans trop d’avertissement, faisant mouche à tous les coups.

upon4

Bien sûr, il y a le révisionnisme de Quentin, déjà proéminent dans son chef d’oeuvre en devenir INGLOURIOUS BASTERDS. Il se permet encore une fois de remixer des faits réels en les tabassant de ses nombreux rebondissements purement fictifs. Mais pourquoi le juger sur cet aspect, sachant qu’en fiction tout est permis? Dans ce cas, tous les biopics devraient automatiquement se retrouver sur le banc des accusés, genre qui ne se gêne pas pour carrément inventer des faux personnages réels, et réécrire des événements que plusieurs ont pourtant vécus. Acceptons une fois pour toute que Tarantino est un « adulescent » surdoué, qui s’amuse comme un gamin à emprunter à gauche et à droite, à faire des clins d’œil et à siffler des airs connus, comme un Dj qui échantillonne un extrait d’un tube intégré à la culture populaire. Justement, il épate aussi en incorporant à merveille de nombreux succès musicaux comme  HUSH de Deep Purple et MRS ROBINSON de Simon & Garfunkel à son ode hollywoodienne.

upon5

S’il a secoué la planète cinéma avec RESERVOIR DOGS et PULP FICTION, Quentin Tarantino n’a peut-être plus le mordant de ces débuts en 1992, mais il poursuit une filmographie riche et jamais ennuyante, regorgeant de séquences montrant qu’il a le cinéma dans le sang. ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD est probablement l’une des plus belles lettres d’amour à cette forme d’art, pleinement nostalgique et souvent réjouissante. Au final, Tarantino nous offre aussi un attachant « buddy movie », Leonardo Di Caprio & Brad Pitt nous rappelant les Paul Newman & Robert Redford de la fin des années 60. Et simplement pour ça, mais en même temps pour beaucoup plus, comment ne pas remercier Quentin Tarantino de ce 161 minutes de bonheur.

 

 

Publicités

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s