CEUX QUI TRAVAILLENT, un beau grand bateau

CEUX QUI TRAVAILLENT d’Antoine Russbach ⭐⭐⭐⭐

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Frank, mi-cinquantaine, marié et père de cinq enfants, est avant tout un cadre qui ne compte pas ses heures de travail. Au sein d’une compagnie de transport maritime, il est précis, prévoyant, performant, impassible et il semble manquer d’empathie. Mais ça ne semble pas déranger ses employeurs, car son boulot est bien fait. Jusqu’au jour où Frank prendra une décision dans l’urgence, initiative qui aura des répercussions sur son emploi, sa famille et surtout sur lui. D’une redoutable efficacité, CEUX QUI TRAVAILLENT est le premier long métrage du cinéaste d’origine suisse Antoine Russbach, un portrait juste de notre époque sans pitié, où une violence latente rode autant dans les corridors d’une grande société que sur le quai d’un immense cargo.

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CEUX QUI TRAVAILLENT poursuit les nombreux points de vue affûtés de cinéastes européens sur le monde du travail, en cet ère du pernicieux néolibéralisme et de la mondialisation à outrances. Que l’on pense aux percutants LA LOI DU MARCHÉ et EN GUERRE du français Stéphane Brizé, le film belge DEUX JOURS ET UNE NUIT des frères Dardenne, de nombreuses œuvres du cinéaste anglais Ken Loach (dont sa 2e palme d’Or I, DANIEL BLAKE), et de plusieurs autres réalisateurs outre-Atlantique (dont le poignant PRENDRE LE LARGE de Gaël Morel avec une Sandrine Bonnaire déterminée).

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Olivier Gourmet porte en lui cette force tranquille, ce regard pleinement habité qui vous juge, vous scrute et vous analyse tout à la fois. Luc et Jean-Pierre Dardenne l’avaient remarqué assez tôt en lui offrant de solides rôles dans les désormais classiques LA PROMESSE et LE FILS (en plus de ROSETTA). Dans CEUX QUI TRAVAILLENT, le Frank veston-cravate interprété par Gourmet est ailleurs, faisant davantage écho à des films comme L’EMPLOI DU TEMPS de Laurent Cantet et à l’antithèse du personnage de José Garcia dans l’implacable LE COUPERET de Costa-Gravas.

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L’astucieux scénario d’Antoine Russbach et d’Emmanuel Marre nous colle à leur Frank, sans toutefois que nous réussissions à savoir s’il va réparer son erreur, l’empirer, sans prendre à sa famille ou tourner la colère qui l’habite contre lui-même. Rien n’est laissé au hasard, de l’innocence de sa plus jeune fille qui demeure la plus proche de lui, à la demande de l’un de ses ados pour nouveau téléphone, CEUX QUI TRAVAILLENT critique sévèrement l’absence d’humanité en milieu de travail, mais aussi de plus en plus entre les êtres humains, qu’ils soient collègues, amis, fils, ou conjoints.

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Il faudra le surveiller de près Antoine Russbach, jeune cinéaste qui est déjà en parfaite maîtrise de son sujet et de ses comédiens, en plus de son travail formel sans esbroufe. CEUX QUI TRAVAILLENT évite habilement les pièges qu’il avait lui même posés, en suivant le conviction intime de son personnage central. Et, sans la dévoiler, la scène finale est criante de vérité, malgré sa mise en scène très calculée.

Autant nous avons besoin de documentaires percutants sur la montée de la violence et les injustices envers les travailleurs, autant il est primordial que la fiction s’en mêle aussi. Toutes les armes sont bonnes pour dénoncer ce système sans imagination, de notre obsolescence programmée comme maillon d’une chaîne qui se doit d’être repensée.

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