Les multiples réels des RIDM

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Pour cette 22e édition, les RIDM continuent avec brio leur mission de nous proposer de fascinants points de vue, de nous prouver que la frontière entre le réel et la fiction est plus poreuse que jamais, et de nous offrir une programmation tellement appétissante, qu’encore une fois, la principale difficulté sera de choisir.

Voici quelques œuvres qui méritent notre attention, et qui, en cette époque de fake news et de deepfake, montre que le réel de l’un peut être la fiction de l’autre.

LE FOND DE L’AIR de Simon Beaulieu, Québec ⭐⭐⭐1/2

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Après nous avoir donné l’un des plus grands documentaires québécois de la décennie avec MIRON: UN HOMME REVENU D’EN DEHORS DU MONDE en 2014, Simon Beaulieu continue avec LE FOND DE L’AIR l’exploration de son art. Cette fois-ci, il utilise des images recueillies par de valeureux participants branchés quotidiennement à des caméras portables, y intégrant un personnage masqué énigmatique, et des séquences d’archives qui illustrent les grands drames de l’histoire récente. Le chaman Karl Lemieux est de retour pour triturer le médium et prouver que le cinéma est un art vivant. Il y a des échos de Dziga Vertov et surtout d’Arthur Lipsett dans ce film anxieux, aux limites de la schizophrénie formelle. Un film-réalité (en opposition aux multiples télé-réalités) représentatif de notre époque, où nous vivons tous avec une charge mentale dans nos poches, l’apocalypse à notre porte et un réel sur lequel nous ne semblons pas avoir le contrôle. Une expérience cinématographique à vivre en salle pour pleinement ressentir la force des images et du son.

 

HOTSPOT de Patricia Bergeron, Québec

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Après 20 ans comme productrice en documentaire et en fiction, Patricia Bergeron fait le grand saut en réalisation. Ancienne programmatrice du volet nouvelles écritures aux RIDM, elle nous propose une alliance entre le cinéma immersif et l’art vivant qu’est le théâtre. HOTSPOT s’intéresse au travail des médiateurs auprès des migrants en Sicile, en nous questionnant et nous confrontant sur nos propres valeurs morales. Rachel Mwanza, découverte dans REBELLE de Kim Nguyen, est de l’aventure. Réservez tôt, les places sont limitées.

 

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE de Frank Beauvais ⭐⭐⭐⭐

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Mashup d’extraits de plus de 400 films consommés en seulement six mois, NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE (qui emprunte son titre à un film socialiste est-allemand censuré de 1965) est une oeuvre magnifique, à la fois poétique et thérapeutique. À la suite d’une douloureuse rupture, Frank Beauvais confronte ses peurs et ses questionnements existentiels, sa voix se jumelant aux centaines de séquences qui défilent devant nos yeux. Rien ne sert de tenter d’identifier les films d’origine, il faut se laisser porter par cet habile montage qui nous évoquent nos propres émotions. Ici, les films de fiction (et de plusieurs documentaires) deviennent la réalité fantasmée d’un amoureux du cinéma, qui pour noyer sa peine, retrouve la surface et un nouveau souffle créatif.

 

PRESENT. PERFECT. de Shengze Zhu, Hong-Kong / États-Unis ⭐⭐⭐1/2

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Malgré sa plus grande ouverture sur le monde occidental, la Chine demeure un pays assez hermétique, dont peu d’images non-contrôlés parviennent jusqu’à nous. Reprenant le procédé de Dominic Gagnon (le puissant HOAX_CANULAR et le désormais honni OF THE NORTH), la cinéaste Shengze Zhu a récupéré des témoignages à la première personne, de chinois tentant de dépeindre leur réel et de le partager au plus grand nombre. Si la fascination s’installe au début du visionnement, l’empathie et une certaine tristesse nous gagnent comme spectateur, confrontés que nous sommes à cette solitude parmi la foule, de cette fragilité commune que nous partageons, devant la caméra ou devant notre écran.

 

SPACE DOGS d’Elsa Kremser & Levin Peter, Autriche / Allemagne ⭐⭐⭐1/2

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À hauteur du meilleur ami de l’homme, SPACE DOGS est un documentaire hybride, sans filet, qui nous confronte à la brutalité du monde animal (avec une scène assez insoutenable qui implique un petit chaton) et celle que les humains sont prêts à leurs infliger pour parvenir à leurs fins. Kremser et Peter revisitent l’exploration spatiale pour mieux nous ramener sur nos errances terrestres. Lorsque le chien redevient un loup pour mieux survivre, les territoires urbains se transforment en désert alimentaire où Laïka demeure l’unique membre de son espèce à appartenir à notre mémoire collective.

 

TERRES FANTÔMES de Félix Lamarche, Québec

terres fantômes

Très peu de courts métrages documentaires peuvent susciter autant d’attente qu’un nouvel objet cinématographique de Félix Lamarche. Le talentueux jeune cinéaste s’éloigne temporairement des eaux mouvementées (son long métrage LES TERRES LOINTAINES et son court LA FRONTIÈRE) et de leurs rivages (son 1er film DES HOMMES À LA MER) pour défricher un passé oublié, celui des gaspésiens obligés de quitter leur maison pour s’installer sur la côte. Prospectant son médium à la recherche de nouvelles vérités, Lamarche nous promet par ses expérimentations un voyage riche et salvateur.

 

WILCOX de Denis Côté, Québec ⭐⭐⭐⭐

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12e long métrage (sans compter son moyen métrage LES LIGNES ENNEMIS) de celui qui film plus vite que son ombre, Denis Côté nous invite à la rencontre de WILCOX, un homme-non-identifié-sans-domicile-fixe. Dans l’univers de Côté, la réalité et la fiction cohabitent en parfaite harmonie, les images de l’un nourrissant le son de l’autre et vice versa. WILCOX est un film-somme, dans lequel nous ne serions pas surpris de voir cet homme-camouflage croisé par hasard Jean-Paul Colmor (CARCASSES), un tigre en cage se reposant sur la neige (CURLING) ou les fantômes de Vic et Flo (VIC + FLO ONT VU UN OURS). Sans parole, les images (évanescentes photos de François Messier-Rheault et montage envoûtant de Matthew Rankin) et le travail sonore (prise de son de Jean-François Caissy et conception-musique Roger Tellier Craig) sont bien assez bavards pour combler l’absence de dialogue. Un fascinant road-trip en bottes militaires d’un personnage-protagoniste en quête d’une destination finale.

 

À vous maintenant de décider les réels qui vous interpellent. Pour sélectionner les films qui vous intéresse, voici le site des RIDM. Cette 22e édition se tient du 14 au 24 novembre 2019.

 

Une réflexion sur “Les multiples réels des RIDM

  1. Pingback: Avant le générique de fin des 22e RIDM – LES YEUX GRANDS OUVERTS

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