TAXI DRIVER, plus pertinent que jamais

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Il y a 40 ans sortait en salles le percutant TAXI DRIVER de Martin Scorsese. Bon moment pour revenir sur l’importance de ce film et surtout sa pertinence, encore et peut-être davantage aujourd’hui.

Écrit par le scénariste Paul Schrader (et basé sur un vrai wannabe assassin qui avait fait les manchettes en 1970, Arthur Bremer), c’est le cinéaste Robert Mulligan (TO KILL A MOCKINGBIRD) qui devait au départ réalisé et c’est Jeff Bridges qui allait devenir Travis Bickle. Heureusement pour nous, Schrader a insisté pour que Scorsese se retrouve derrière la caméra et que Robert De Niro prenne les traits du vétéran de la Marine Bickle.

D’autres comédiens étaient aussi pressentis dans les principaux rôles: Al Pacino avait été approché par un des producteurs pour interpréter Travis; Rock Hudson ne pouvait pas prendre le rôle du Sénateur Charles Palantine dû à un conflit d’horaire; une panoplie de jeunes actrices connues (Melanie Griffith, Linda Blair, Bo Derek et Carrie Fisher) sont passées proche d’obtenir le rôle d’Iris, bien avant la nouvelle venue Jodie Foster; certains voyaient Farrah Fawcett plutôt que Cybill Shepherd pour incarner Betsy; et finalement, il y avait aussi Brian De Palma dans la course pour l’obtention de la réalisation de ce drame urbain.

Mais arrivons-en au contenu de ce chef d’oeuvre, gagnant de la Palme d’Or lors de la 30e édition du Festival de Cannes en 1976 où il était un outsider. Voir TAXI DRIVER en 2016, c’est constater que le principal quatuor de création du film (Schrader, Scorsese, De Niro et aussi le compositeur Bernard Herrmann) avait vu juste, sur le climat ambiant de New-York à l’époque et aujourd’hui, sur ce parfait mélange de paranoïa et de solitude.

TAXI DRIVER - American Poster 2

Si les rues de la grosse pomme ont bien changé,  il y a eu le 11 septembre 2001 une importante fracture dans ce qui pouvait nous rester d’innocence. Innocence que Travis perdra assez rapidement auprès des êtres humains qu’il côtoie. De là, il nourrira sa peur de l’autre, ayant toutes les difficultés du monde d’entrer en contact malgré son travail qui l’oblige à le faire.

Ce qui frappe aussi, c’est le racisme qu’éprouve Travis sans trop l’exprimer (de toute façon, il est davantage en mode d’observation, à la fois voyeur et critique de la société, avant bien sûr le dernier quart du film ou il deviendra l’ange exterminateur). Avec les événements récents qui se sont produits chez nos voisins du Sud (émeutes de Baltimore et les nombreuses bévues policières envers la communauté noire), il y a vraiment beaucoup trop de Travis Bickle qui portent l’uniforme et qui possèdent vraiment trop d’autorité.

Et que dire de cette milice qui a occupé un parc de l’Oregon au début de l’année, preuve d’une réelle paranoïa qui s’installe de plus en plus, chez certains groupes extrémistes mais aussi chez de nombreux individus, ces loups solitaires dont nos services de sécurité craignent leur émergence. Travis est un dangereux prédateur dont nous sommes la proie. Dans l’une des scènes qui montrent sa déviance vers une éventuelle folie meurtrière, il pointe son pistolet vers la caméra, vers nous les spectateurs. Il nous promet ainsi, d’une certaine façon, que nous en aurons pour notre argent.

C’est fascinant à quel point il y a de nombreux autres éléments qui prouvent que Schrader et Scorsese ont joué, sans le savoir, les devins de l’époque que nous traversons.

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Avec le personnage d’Iris, magnifiquement portée par une Jodie Foster qui annonçait déjà sa force de caractère, nous pouvons y voir l’hypersexualisation des jeunes filles qui nous entourent aujourd’hui, tout en mettant le doigt sur la prolifération de pédophiles lorsqu’elle offre ses services.

Il y a aussi l’astucieuse utilisation des miroirs et des fenêtres, à la fois réflexion de sa propre image (ne vivons-nous pas la période la plus narcissique de l’histoire?) et une multitude d’écrans dont nous sommes assaillis. La fameuse scène improvisée de De Niro « Are you talking to me? » prend un tout autre sens si nous l’imaginions regardant la surface de son téléphone intelligent, comme s’il s’adressait à tous les abonnés de son compte Facebook ou Twitter.

Finissons avec le parallèle que nous pourrions faire avec cet antihéros et la déferlante incessante des superhéros sur les écrans de la planète. À de nombreuses reprises dans le film, Travis s’imagine être pourvu d’une mission, d’un rôle d’une importance capitale qu’il fabulera. En mettant de l’emphase sur cet aspect du personnage, les auteurs du film critiquent très sévèrement l’influence négative des politiciens et du coup, notre faible contribution en tant que simples citoyens au processus démocratique. Et plus que jamais en 2016, avec tous les gouvernements corrompus qui s’enchaînent au pouvoir, nous sommes complètement désabusés.

Je vous conseille fortement de prendre le temps de découvrir cette analyse poussée de ce qui semble encore aujourd’hui le meilleur film sur la psychologie d’un personnage dans les 40 dernières années, sinon de l’histoire du cinéma.

 

 

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