La moralité chez Denis Villeneuve

Je l’avoue sans hésitation, j’ai toujours eu de la difficulté avec les films québécois de Denis Villeneuve. Mis à part son tout premier long métrage UN 32 AOÛT SUR TERRE (et même un peu avant ça, son formidable court métrage REW-FFWD réalisé à l’ONF), tous ses autres propositions cinématographiques m’ont toujours épaté visuellement mais je sortais des projections troublé par des questions d’ordre moral. Il a atteint des sommets dans l’insupportable POLYTECHNIQUE en 2009, nous plongeant au cœur de ce drame innommable comme si nous étions témoins des actes de barbaries du tueur dont je tairais le nom. Ce point de vue irrespectueux envers la mémoire des victimes m’avait outré et j’avais été soulagé de lire les mots de l’auteur et professeur André Habib dans son désormais célèbre texte MORTES TOUTES LES APRÈS-MIDI.

Si ça ne c’est guerre amélioré avec INCENDIES (pour de toutes autres raisons, mais enchaînons), j’ai retrouvé un vif intérêt dans le travail de Villeneuve depuis qu’il tourne dans la langue de Spielberg. Pourquoi? ENEMY étant davantage un film typiquement canadien-anglais avec ses questionnements schizophréniques (thème déjà très présent dans les films premiers films d’Atom Egoyan & David Cronenberg), je passerai immédiatement à PRISONERS et surtout SICARIO, ses deux longs métrages américains.

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Denis Villeneuve durant le tournage de SICARIO

En visionnant le très pertinent vidéo que vous trouverez au haut de cette page, je crois que Denis Villeneuve peut davantage explorer le bien, le mal et tout ce qui se trouve entre les deux depuis qu’il a traversé la frontière. Le cinéma américain, tout comme une bonne partie de l’histoire politique et militaire de ce pays, est construit autour de cette simplification du monde qui nous entoure, d’un modèle ouvertement manichéen. Est-ce que le cinéma québécois est trop sensible à ce type de propos, à l’illustration d’une réalité qui ne semble pas vraiment la nôtre? Je ne crois pas, mais disons que Villeneuve était sûrement le plus américain des cinéastes québécois lorsqu’il tournait ici et qu’il avait des tics qui ne fonctionnaient pas avec certaines de nos sensibilités collectives.

C’est tout le contraire avec PRISONERS et davantage SICARIO, un solide exemple d’un film capable de confronter les ambitions de ses principaux personnages. Grand oublié de la prochaine cérémonie des Oscar avec seulement 3 nominations (meilleure direction-photo pour les incroyables images du vétérans Roger Deakins, meilleure musique originale pour l’impressionnante trame sonore de l’islandais Jóhann Jóhannsson et le riche montage sonore d’Alan Robert Murray), il s’agit selon moi du meilleur film de Denis Villeneuve. En attendant ses deux projets de science-fiction, STORY OF YOUR LIFE (qui sortira cette année) et le tournage cet été de la suite de BLADE RUNNER.

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