Meilleurs de 2017 – Documentaires

Contrairement aux longs métrages de fiction, il est très difficile de prévoir à quoi ressembleront les mois d’une année en documentaire. Comme la majorité des années précédentes, nous savions que les infatigables Frederick Wiseman et Wang Bing nous présenteraient encore des films majeurs (EX LIBRIS pour le premier et pour le second MRS FANG, Léopard d’Or à Locarno cette année, suite indirect de BITTER MONEY sorti un an plus tôt), que les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal (RIDM) seraient comme toujours une source de découvertes de tous les continents, et que le Festival du Nouveau Cinéma (FNC) nous promettait bien quelques surprises.

EX LIBRIS

EX LIBRIS: NEW YORK PUBLIC LIBRARY de Frederick Wiseman

DOCUMENTAIRES INTERNATIONAUX

Commençons par mon top 5 des longs métrages documentaires internationaux. Encore une fois une année faste, allant des films plus traditionnels de grande qualité (JIM & ANDY: THE GREAT BEYOND de Chris Smith et 78/52 d’Alexandre Philippe) à des propositions plus audacieuses, voir même inclassables (LE FORT DES FOUS de Narimane Mari et CARCASSE Gústav Geir Bollason & Clémentine Roy). Voici donc cinq documentaires d’ailleurs que j’ai vu en salles ou en ligne pour la première fois en 2017:

5. PRENDS SEIGNEUR PRENDS de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz

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Sortir d’une projection des documentaristes français Cédric Dupire et Gaspard Kuentz c’est se remettre tranquillement d’un intense voyage en images et en sons, comme si notre âme quittait notre corps temporairement pour encaisser ce réel troublant, trop loin de nos quotidiens pour pleinement le comprendre. PRENDS SEIGNEUR PRENDS, comme leur précédent KINGS OF THE WIND & ELECTRIC QUEENS, est une plongée passionnante dans un lieu où le commun des mortels n’oseraient même pas s’aventurer.

4. VISAGES VILLAGES d’Agnès Varda & JR

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Duo improbable et pourtant, la combinaison des points de vue d’Agnès Varda et du photographe JR est l’une des plus belles réussites de l’année. La sensibilité de l’une nourrissait les créations de l’autre, un road-movie drôlement humain, atypique comme la jeune Agnès qui déride tous ceux qu’elle croise sur son chemin. Un vrai moment de bonheur cinématographique.

3. BRIMSTONE & GLORY de Viktor Jakovleski

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S’il y a eu une surabondance de séquences de feux d’artifices en fiction récemment, le documentaire n’avait pas encore trouvé son film emblématique rempli d’étincelles. C’est maintenant chose faite avec la brillante pétarade de Viktor Jakovleski, BRIMSTONE & GLORY. Au cœur de la préparation du National Pyrotechnic Festival de Tultepec au Mexique et surtout lors des milliers d’explosions lumineuses, Jakovleski nous offre un festin sensoriel sans pareil.

2. EX LIBRIS – THE NEW-YORK PUBLIC LIBRARY de Frederick Wiseman

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À 87 ans, l’américain Frederick Wiseman n’en finit plus de nous épater par la précision de son regard. Son EX LIBRIS nous montre l’âme même de New-York, une bibliothèque et son réseau où toutes les couches de la société investissent ces lieux pour de multiples raisons. 197 minutes à se promener dans ces salles où l’Amérique semble faire un pied de nez à leur président actuel, montrant que le savoir, la curiosité et la beauté ont encore leur place au sein de cette institution inspirante.

1. TASTE OF CEMENT de Ziad Kalthoum

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Triomphe cinématographique absolu, tant par son propos que sa forme audacieuse, TASTE OF CEMENT du cinéaste syrien Ziad Kalthoum mérite amplement toutes les éloges et les nombreux prix qu’il récolte depuis sa présentation au prestigieux festival Visions du réel en Suisse, où il est reparti avec le Grand prix. Un constat sévère et nécessaire sur la réalité des travailleurs de la construction syriens réfugiés au Liban qui évite habillement tous les pièges de ce type de documentaire qui a pour but de dénoncer une situation invraisemblable. Un grand film humain, créatif et, malgré tout, porteur d’une certaine lumière au bout du tunnel.

DOCUMENTAIRES QUÉBÉCOIS

Et maintenant la production annuelle québécoise, qui bon an mal an nous propose environ une quarantaine de longs métrages documentaires, autant qu’en fiction. Si les télé-diffuseurs sont très présents pour appuyer les productions locales, il est toujours rassurant de voir qu’une bonne partie des films réalisés abritent en eux un désir de cinéma, un langage que l’écran cathodique malheureusement tant souvent à bafouer.

Voici donc cinq longs métrages documentaires d’ici que j’ai vu en salles ou en ligne pour la première fois en 2017:

5. LES TERRES LOINTAINES de Félix Lamarche

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Depuis son court métrage DES HOMMES À LA MER, Félix Lamarche montre une sidérante maturité pour un jeune cinéaste de moins de trente ans. Il prouve avec son premier long métrage LES TERRES LOINTAINES que tous les espoirs sont permis pour celui qui a remporté le prix Pierre & Yolande Perrault aux derniers Rendez-Vous du Cinéma Québécois cette année.

4. LA RÉSURRECTION D’HASSAN de Carlo Guillermo Proto

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Cela n’arrive pas souvent, mais il y a des films qui testent sérieusement les limites des spectateurs, même celles des plus chevronnés. Comme le visionnement de LA RÉSURRECTION D’HASSAN de Carlo Guillermo Proto, souvent ponctué de malaises et de quasi voyeurisme. Pourtant, il se dégage de l’ensemble une lumière singulière, un propos qui méritait que l’on s’y attarde.

3. LES DÉPOSSÉDÉS de Mathieu Roy

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Le documentaire est un excellent outil de mesure des inégalités et des injustices de notre planète. Un baromètre essentiel pour des remises en question, ce que LES DÉPOSSÉDÉS de Mathieu Roy réussit à merveille. D’une alarmante pertinence et d’une grande beauté formelle, ce film sera dans quelques années une référence temporelle pour voir le chemin que nous aurons parcouru depuis.

2. GULÎSTAN, TERRE DE ROSES de Zaynê Akyol

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Découvert tardivement, bien après sa présentation aux RIDM en 2016, GULÎSTAN est ce genre de film qui est impossible d’oublier. Un documentaire sur la guerre qui a le courage de ne pas la montrer, mais plutôt de se poser et d’écouter ces femmes vaillantes qui sont prêtes à tout pour défendre leurs valeurs. Une oeuvre forte et digne, ouverte aux dialogues, portée par Zaynê Akyol, une jeune cinéaste pour qui les frontières ne sont pas des lignes d’arrêt.

1. SUR LA LUNE DE NICKEL de François Jacob

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Déjà que ce film existe est un tour de force en soi. La ville minière sibérienne de Norilsk demeure inaccessible aux étrangers, pourtant le cinéaste François Jacob a réussi à en extraire l’essence même de ce lieu quasi extra-terrestre. Frère pas si lointain d’UNE TENTE SUR MARS de Martin Bureau et Luc Renaud, SUR LA LUNE DE NICKEL explore au présent et au passé un endroit où la liberté est une notion abstraite. Hanté par la musique de Viviane Audet, Robin-Joël Cool et Alexis Martin, le premier long métrage de François Jacob est un immense coup de cœur pour un magnifique film à échelle humaine.

Et vous, vos documentaires préférés de 2017?

Pour lire les autres articles de mon année cinéma 2017:

LES MEILLEURS 2017 – Mes 30 meilleurs films

LES MEILLEURS 2017 – Films québécois

LES MEILLEURS 2017 – Premiers films

LES MEILLEURS 2017 – Révélations

 

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2 réflexions sur “Meilleurs de 2017 – Documentaires

  1. Une belle année pour le doc, enfin en tenant compte des films vus à la fois en sortie salles France comme en festival. Impossible donc de faire tout ce qu’il y a d’intéressant dans une seule petite liste… Alors je mélange courts et longs et voilà la quintessence du genre, avec pour beaucoup d’entre vous, des films vus dans le circuit festivalier ces deux dernières années.

    1-Combat au bout de la nuit (Sylvain L’Espérance) à quand une sortie salles en France???
    2-Bonfires (Martin Bureau)
    3-Un exilio, pelicula familiar (Juan Francisco Urrusti Alonso)
    4-Un pays de Calabre (Shu Aiello et Catherine Catella)
    5-Un amour d’été (Jean-François Lesage)
    6-Zona franca (Georgi Lazarevski)
    7- I’m not your negro (Raoul Peck)
    8-Hôtel la Louisiane (Michel La Veaux)
    9-The roots remain (Jean-Sébastien Francoeur et Andrew Marchand Boddy)
    10-Last men in Aleppo (Feras Fayyad)
    11-Zachary Richard toujours batailleur (Phil Comeau)
    12-Carré 35 (Eric Caravaca)
    13-El patio (Elvira Diaz)
    14-Matawinie (André Gladu)
    15-Bella e perduta ( Pietro Marcello)
    16-La mort de Danton (Alice Diop)
    17-Les éternels (Pierre-Yves Vandeweerd)
    18-Listen to the silence (Mariam Chachia)
    19-L’opéra (Jean-Stéphane Bron)
    20-Pawlenski (Irène Langemann)

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    • Merci Pierre pour cette réponse sous forme de top 20 bien personnel. Beaucoup d’inédits au Québec parmi ces titres, que je garderai pas trop loin. J’ai adoré CARRÉ 35, un de mes documentaires préférés de 2017.

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