THE LAST BLACK MAN IN SAN FRANCISCO, témoin d’une crise

THE LAST BLACK MAN IN SAN FRANCISCO de Joe Talbot ⭐⭐⭐⭐1/2

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Il y a des films qui sont en parfaite symbiose avec l’époque qu’ils illustrent. Que l’on pense à la fin dépressive des années 90 dans FIGHT CLUB de David Fincher, les grands bouleversements des années 70 dans DOG DAY AFTERNOON de Sidney Lumet, ou plus proche de nous, le confort et l’indifférence des années 80 dans LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN de Denys Arcand. Il faudra désormais ajouter THE LAST BLACK MAN IN SAN FRANCISCO de Joe Talbot pour tenter de comprendre la situation de la communauté afro-américaine de la fin des années 2010.

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Dès la première séquence du film, nous sommes emportés sur l’immersive musique de Michael Nyman (son inspirante pièce MGV), en suivant les deux personnages centraux (Jimmie Fails dans son propre rôle inspiré de son histoire, et Jonathan Majors dans celui de Montgomery Allen) dévalant les rues iconiques de San Francisco, la magnifique, sur la même planche à roulettes. Dès lors, le cinéaste nous a habillement embarqué dans sa passionnante exploration du rêve de Jimmie, soit de récupérer la majestueuse maison victorienne que son grand-père a construit de ses propres mains.

Il y a de nombreuses affinités entre THE LAST BLACK MAN IN SAN FRANCISCO et un autre premier film primé au Festival de Sundance il y a quelques années, lui aussi réalisé par un jeune cinéaste blanc qui mettait en scène de manière très sensible des acteurs majoritairement noirs, il s’agit de l’impressionnant BEASTS OF THE SOUTHERN WILD de Benh Zeitlin sorti en 2012. Tant dans l’affirmation positive de leur héros malgré les obstacles, que dans la manière de magnifier leur quotidien et de rendre plus grand que nature leur quête, ces deux œuvres se font écho. Peu importe qu’il s’agisse de la jeune Hushpuppy 6 ans dans BOTSW ou de Jimmie dans la mi-vingtaine dans TLBMISF, tous les deux portent bien haut leur fierté comme un drapeau pour que tout le monde puisse le voir, convaincus de la légitimité de leur combat respectif, une dans les bayous de la Louisiane et l’autre dans le quartier Fillmore de San Francisco.

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Dans les deux films nous ressentons aussi ce sentiment de fin du monde, plus particulièrement la fin d’un monde. Comme si enfin, il y avait la possibilité que tout bascule, qu’il suffit d’y croire assez fort pour que la situation catastrophique (à différentes échelles) dans laquelle sont plongés Hushpuppy et Jimmy puissent changer du tout au tout. Et c’est une main sur leur épaule que nous les suivons, vivant leurs joies et leurs peines, oubliant complètement que nous sommes assis dans une confortable salle de cinéma.

Contrairement au MOONLIGHT de Barry Jenkins qui demeurait en surface sur un sujet qui aurait mérité une plus grande implication dans le sous-texte, THE LAST BLACK MAN… critique subtilement la situation de l’homme noire aux États-Unis, du risque réel de tomber sous les balles d’une arme à feu, de l’effritement progressif du sentiment de communauté et surtout, de l’accès difficile à la propriété. Dans l’une des séquences les plus marquantes du film, nous voyons Jimmy peindre la lucarne extérieure d’une fenêtre de la maison, pendant que la propriétaire blanche lui lance le contenu de son épicerie au visage en exigeant son départ immédiat, tout ça malgré la bonne volonté et les intentions tout à fait nobles du jeune homme. Est-ce encore possible pour l’homme noir de rêver, à ce fameux (foutu) rêve américain?

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Tant dans la direction artistique très soignée d’Olivia Kanz que dans les images chaudes d’Adam Newport-Berra, toute l’équipe dirigée par Joe Talbot démontre une belle cohésion, soudée ensemble pour rendre justice le plus possible à ce brillant scénario. Le duo composé de Jimmy Fails et Montgomery Allen est fascinant à regarder jouer, comme s’ils alternaient de la scène lorsqu’ils sont seuls tous les deux, leur donnant une prestance, à un retour au réel lorsqu’ils partagent l’objectif avec d’autres protagonistes.

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THE LAST BLACK MAN IN SAN FRANCISCO marquera l’année cinéma 2019, plaçant déjà Joe Talbot comme l’un des beaux espoirs du cinéma américain. En espérant que nous n’attendrons pas plus de 7 ans pour voir sa prochaine proposition cinématographique, comme Benh Zeitlin dont l’après BEASTS OF THE SOUTHERN WILD est prévu enfin pour cet automne (WENDY, aucune date de confirmée). Courez voir ce long métrage qui est probablement le premier sérieux candidat pour la prochaine cérémonie des Oscar. Une belle ode de détermination, sur l’amitié et les rêves qui ne méritent pas d’être brisés.

 

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