LES LIAISONS DANGEREUSES, intentions cruelles

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C’est en 1782 que tout commence sous la plume de Pierre Choderlos de Laclos. Sous forme de correspondances, nous découvrons les échanges entre la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, rivaux bourgeois qui se racontent leurs conquêtes respectives, conquêtes qu’ils abandonneront aussitôt, dans le déshonneur d’autrui si possible. Intentions cruelles qu’ils les mèneront, bien entendu, à leur perte. Il ne faut donc pas se surprendre si Roger Vadim, grand séducteur et réalisateur à scandales, s’intéresse à l’adaptation de LES LIAISONS DANGEREUSES. Connu surtout pour son 1er film provocateur, ET DIEU…CRÉA LA FEMME, Vadim réalise pourtant ici son meilleur long métrage.

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MOLOCH ou l’essence du mal

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Perché sur l’un des sommets des alpes bavaroises trône le Berghof, la résidence secondaire d’Adolf Hitler. C’est là, au-dessus des nuages, que nous découvrons une Eva Braun nue, dansant sur l’imposante terrasse qui surplombe le reste du monde. Dans cette première séquence de Moloch d’Alexandre Sokourov, l’aspect intemporel et complètement externe à la guerre nous frappe. Car nous sommes bien en 1942, au cœur de la Deuxième Guerre Mondiale.

Choix audacieux de Sokourov de recréer un épisode négligeable dans la vie du Führer, le réalisateur russe a voulu montrer à travers ces moments de repos du chef nazi et de son entourage (Eva Braun, Goebbels et Bormann, en plus de leur épouse) les esprits dérangés derrière les atrocités commises durant ce conflit majeur. À l’abri des regards dans cette forteresse « flottante », il y aura pourtant très peu de politique débattue et le conflit qui se poursuivait beaucoup plus bas sera évoqué uniquement sous la forme d’actualité cinématographique présenté à Hitler et ses invités. Ce newsreel bien réel détonne de la fiction historique dans laquelle nous sommes plongés, comme si ces moments de vérité devenaient faussés aux yeux des personnages (Hitler ira même jusqu’à dire que le film est incohérent et incomplet). En somme, la guerre n’est qu’un écho lointain pour eux, très loin de Berghof.

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TULPAN, le cinéma de la vie

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Il y a des films qui viennent nous chercher droit au cœur, autant pour ce qu’il représente que pour ce qu’il dégage. Tulpan, premier long métrage de fiction du réalisateur kazhake Sergey Dvortsevoy, est de cette trempe. Perdue au milieu de nulle part dans ces « steppes de la faim » du nom de Betpak-Dala (désert au centre du Kazakhstan), une yourte résiste aux attaques violentes du vent et de la poussière. C’est dans ce lieu hostile que vivent Asa, sa sœur, son mari et leurs trois enfants.

Asa, de retour de son service militaire, est à la recherche d’une femme pour se marier. Malheureusement, un peu comme Charles, le prince de Galles, Asa a les oreilles très décollées. Et cela gêne la convoitée Tulpan qu’il courtise. Point de départ que ce qui semble être une comédie, le film de Dvortsevoy nous offre un voyage et une destination tout autre.

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Mes 30 meilleurs films de 2016

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Nous sommes désormais dans la seconde moitié de cette décennie, déjà forte de nombreux films qui ont marqué chaque année depuis le début 2010. Que l’on pense à UN PROPHÈTE de Jacques Audiard en 2010, DRIVE de Nicolas Winding Refn au sommet en 2011, LEVIATHAN de Lucien Castaing-Taylor & Verena Paravel coup de poing de l’année 2012, LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRES 1 & 2 d’Abdellatif Kechiche qui domina l’année 2013, l’impressionnant UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer en 2014, et le magnifique LA TERRE ET L’OMBRE du colombien César Augusto Acevedo en 2015, en 2016 le cinéma a continué à nous surprendre et à se transformer.

La preuve d’une importante mutation, deux longs métrages parmi mes 30 sélections ne sont même pas sortis sur grand écran, trouvant une niche sur la plateforme Netflix (DIVINES de Houda Benyamina et INTO THE INFERNO de Werner Herzog). Il faudra s’y habituer, le géant américain risque de devenir de plus en plus attirant pour la distribution internationale d’œuvres plus pointues, qui peinent à trouver leur public en salles.

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LE MÉTÉORE, oeuvre libre

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Tel un réel météore traversant notre stratosphère, le 5e film de François Delisle n’est pas passé inaperçu. À toute vitesse, cet amas de fragments cinématographiques a illuminé les yeux de ceux et celles qui l’ont croisés sur grand écran (prix Luc Perrault/LA PRESSE 2013 du meilleur film québécois selon les critiques de l’AQCC) et remplis leurs oreilles d’une bande son riche et créative. Une œuvre dense et poétique qui tient ensemble grâce à un noyau central fort, utilisant le grand écran comme une toile vierge d’où émane beaucoup plus qu’une simple lumière.

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VOLCAN, terre de glace et de feu

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En janvier 1973, une longue fissure de plus d’un kilomètre et demi se forma sur l’île Heimaey, la seule habitée dans l’archipel des îles Vestmann en Islande. Les images spectaculaires de cette éruption volcanique au pied d’un village côtier ouvrent le premier long métrage du réalisateur Rúnar Rúnarsson. De nombreuses résidences furent détruites, provocant l’exode forcé de milliers de personnes vers l’île principale de l’Islande.

Hannes, personnage central de Volcan, est l’un d’eux. Ce pêcheur reconvertit en concierge arrive à sa retraite après 37 ans de loyauté à la même école. Homme dur et froid, tant avec sa femme que ses enfants, sa vie sera bouleversée, et lui transformé, lorsqu’il devra s’occuper de sa conjointe gravement malade. Si cette prémisse vous semble familière par son thème, il serait vraiment injuste de le comparer au film de Michael Haneke Amour. Contrairement à la Palme d’or de 2012 qui met de l’avant un couple, la Louve d’or 2011 du Festival du Nouveau Cinéma s’intéresse davantage à la confrontation d’un vieil homme face à lui-même, de sa plongée au cœur de son cratère intérieur duquel il tentera d’émerger. Et notons aussi qu’il y a 35 ans d’écart entre les deux réalisateurs, détail non négligeable concernant le jeune islandais pour raconter un sujet qui, à première vue, semble si loin de lui.

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LE SALAIRE DE LA PEUR, mettre en scène le danger

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Au début du long métrage Le salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, il y a la vie. À Las Piedras, ville fictive d’Amérique latine, le réalisateur français nous montre comment la population et les migrants allemands, américains et français cohabitent dans ce no man’s land où règnent la chaleur et un chaos contrôlé. Ensuite, il y a la mort, celle que transportent deux duos d’hommes dans leur camion plein de galons de nitroglycérine. Le tout nous donne un long métrage haletant d’un cinéaste au sommet de son art, capable de mettre en scène le danger en le domptant habilement.

Sorti en salles en 1953, Le salaire de la peur remportait alors l’Ours d’or au Festival de Berlin et la Palme d’or du Festival de Cannes (plus précisément le Grand prix du Festival international du film 1953, car la première Palme d’or fut décernée en 1955). Exploit exceptionnel désormais impossible, dû à l’exclusivité de chaque festival, Henri-Georges Clouzot s’attaquait à un grand succès en adaptant le roman du même titre de Georges Arnaud.

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